Une semaine après le début des Jeux paralympiques de Sydney, la nageuse française Béatrice Hess a déjà récolté, après six courses individuelles nagées sur sept programmées, quatre médailles d’or accompagnées de six records du monde. Ce petit bout de bonne femme de 1,48 m et de 38 ans, infirme moteur cérébral privée de l’usage de ses jambes et surnommée «Mamie» par tous les nageurs, est en passe de devenir la nageuse la plus médaillée de ces Jeux. «Avant tout, pour moi, gagner, c’est améliorer mon temps. Ainsi, je me prouve que je me suis bien entraînée. Moi, si je n’améliore pas mes temps en compétition, je n’ai pas l’impression d’avoir gagné». «D’ailleurs, mardi, j’ai terminé quatrième sur 100 m brasse en battant le record du monde parce que j’étais surclassée de “S5” à “SB5”, d’une catégorie où on n’a pas l’usage de nos jambes à une catégorie où on l’a. Aussi, dans cette course où j’étais surclassée, j’ai battu le record du monde de mon habituelle catégorie “S5”, catégorie qui n’a pas pu nager, sur cette spécialité, parce que nous n’étions pas assez nombreuses». «Maintenant, il me reste le 100 m nage libre jeudi et le relais 4 x 50 m 4 nages samedi, où nous sommes détentrices du record du monde, où j’escompte bien, aussi, de l’or...». Depuis deux ans, l’Alsacienne s’entraîne «comme une valide à raison de six jours par semaine, dix bornes par jour». Mère de Guillaume, 10 ans, et de Delphine, sept ans, Béatrice Hess, coincée dans son fauteuil qu’elle surnomme «Mon cheval doré», ne travaille pas et se repose entièrement sur son époux, Aristide. Une revanche et des mercis «Mon mari, je l’ai rencontré à la piscine. Lui aussi est handicapé, il est “trauma-crânien”. Mais mon petit mari, pendant que je nage, c’est lui qui fait absolument tout à la maison. Sans lui, je n’aurais pas pu passer la vitesse supérieure à l’entraînement. Vous vous rendez compte, je pars à six heures du matin pour rentrer à huit heures du soir». «Et puis, je précise aussi une chose : je nage sans mon fauteuil. Oui, parce qu’il y a encore des gens qui croient que je nage avec !». Quadruple médaillée d’or aux Jeux paralympiques en 1984, victorieuse d’une seule médaille d’or en 1988, plus une d’argent et une de bronze, enceinte en 1992 et sextuple médaillée d’or aux Jeux paralympiques en 1996, «Béa» la Colmarienne est devenue la chef de file de l’équipe de France paralympique. Sa joie de vivre, sa générosité, sa spontanéité, son authenticité et son humilité ont conquis les cœurs. «Moi, je n’oublierai jamais d’où je viens. Entre l’âge de 12 ans et 17 ans et demi, j’ai vécu dans un centre avec des bonnes sœurs qui n’avaient qu’une seule idée en tête, nous dresser. Pendant quatre ans et demi, j’ai été coupée du monde, coupée de ma famille, coupée de ma région, coupée de tout». «Là, j’ai vraiment connu le vrai mal du pays, le déracinement. Dans ce centre pour handicapés, nous avions droit à une demi-journée par semaine de sport. J’ai pris la natation, qui fut mon unique moyen d’évasion, mon unique voie pour déverser toute ma colère et ma haine». Aujourd’hui, Béatrice Hess, qui prendra sa retraite après ces Jeux, affirme nager pour ses proches. «Mes médailles ou mes victoires, comme vous voulez, ne m’intéressent que parce que je peux les partager avec mon mari, mes enfants, ma famille et tous les gens qui me soutiennent. En fait, je gagne pour eux». «Pour moi, je m’applique à gagner mes temps. Et puis, comment voulez-vous que dans une piscine comme celle de Sydney, remplie matin et soir de près de 15 000 personnes, ça ne donne pas envie de battre ses records. Ne serait-ce que pour dire “Merci !”, ne serait-ce que pour leur être reconnaissant d’être venus».
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