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Actualités - Reportages

Quand les dons de la mer tarissent

L’éponge et le poisson. Ville maritime, Batroun a misé sur les produits de la mer pour vivre. Les anciens pêcheurs de poissons et d’éponges se souviennent de la manne qui provenait de la grande bleue. Ils l’appellent «le don du seigneur». C’est en 1946 que Farès Issa a plongé pour la première fois, habillé d’un scaphlandre. «La tenue pesait 65 kilos », se souvient-il assis au bord de la mer. «On plongeait à 80 pieds environs-, on ramassait toutes sortes d’éponges que l’on préparait plus tard à la vente», indique-t-il. En effet, une entreprise avait vu le jour à Batroun. Elle exportait des éponges vers les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. «Les Américains demandaient le haut de gamme, les grandes éponges blanches immaculées», indique Farès. Il se rappelle comment on rangeait les éponges dans les caisses afin qu’elles puissent être envoyées plus tard à destination. «À leur sortie de l’eau ses animaux marins sont tout noirs, pour les nettoyer on les plongeait dans de l’eau claire et on les piétinait des heures durant. Cette opération prenait tout un après-midi», raconte Farès. Ensuite, pour les sécher, il fallait les étaler au soleil. Contemplant le large, l’ancien plongeur évoque avec une voix pleine de rancune ce que la vie est devenue. «Les plongeurs de Batroun étaient pourtant les meilleurs. Nous tenions toute la côte de Abdé (nord) jusqu’à Nakoura (sud)», se souvient-il. Quand l’exportation des éponges s’est arrêtée, il a trouvé un emploi temporaire au Qatar. Il était chargé de surveiller des pipelines sous-marins. À son retour au Liban, les éponges avaient disparu au large de Batroun. Farès blâme les déchets toxiques des années quatre-vingts. D’autres, la pêche démesurée. Assis face la mer et fumant son narguilé Michel se repose. Il habite, juste en face du port, une ancienne maison qu’il avait achetée à 8000 livres libanaises durant les années soixante. «La somme constituait les gains de tout un mois», explique ce septuagénaire. Et d’ajouter : «En ces temps-là, les pêcheurs de Batroun gagnaient bien leur vie, mais rares sont ceux qui ont pensé à investir». Les investissements de Michel ? La maison, trois felouques et les études universitaires de ses deux fils aux États-Unis. Michel, qui fut pêcheur d’éponges avec d’autres jeunes de Batroun, a préféré faire à la longue le métier de son père : pêcheur de poissons. D’ailleurs tout jeune déjà quand son père rentrait «chargé de dons» d’une nuit en mer, il allait à la place principale de la ville et criait à ceux qui voulaient l’entendre qu’il y avait «plein de poissons tout frais au port». «J’ai crié tellement fort que beaucoup d’étrangers à la région se sont habitués plus tard à venir acheter directement au port», lance-il en plaisantant. Michel, qui connaît toutes les techniques de la pêche, prenait la mer au quotidien. Et, au quotidien, il rapportait plus de 200 kilogrammes de poissons et de fruits de mer. «Tous les pêcheurs en rapportaient autant, aujourd’hui c’est à peine si on parvient à rentrer au port avec plus de cinq kilogrammes de poissons», indique-t-il. Et pourquoi ? «Il n’y a plus de poissons», répond Michel sans hésiter. Les dons du ciel ont tari, selon lui, pour diverses raisons : la pêche à la dynamite, la pollution…et peut-être que les poissons, tout comme une bonne partie des habitants de Batroun, sont partis vers d’autres rivages.
L’éponge et le poisson. Ville maritime, Batroun a misé sur les produits de la mer pour vivre. Les anciens pêcheurs de poissons et d’éponges se souviennent de la manne qui provenait de la grande bleue. Ils l’appellent «le don du seigneur». C’est en 1946 que Farès Issa a plongé pour la première fois, habillé d’un scaphlandre. «La tenue pesait 65 kilos », se souvient-il assis au bord de la mer. «On plongeait à 80 pieds environs-, on ramassait toutes sortes d’éponges que l’on préparait plus tard à la vente», indique-t-il. En effet, une entreprise avait vu le jour à Batroun. Elle exportait des éponges vers les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. «Les Américains demandaient le haut de gamme, les grandes éponges blanches immaculées», indique Farès. Il se rappelle comment on rangeait les...