La pluie qui tombait dru dimanche a éteint les dernières flammes à Hébron, principale ville du sud de la Cisjordanie et l’un des plus ardents foyers des affrontements israélo-palestiniens, dont la population semblait surtout aspirer à un retour à une vie normale. De lourds nuages noirs s’accumulaient au-dessus de la ville, qui abrite une enclave de 400 irréductibles colons juifs au milieu de 200 000 Palestiniens. Les seuls feux encore visibles, après la flambée des derniers jours, étaient ceux des tas d’ordures. De loin en loin, des voitures aux vitres brisées et des résidus de pneus consumés, vite lavés par la pluie battante, témoignent de l’intensité des heurts, en particulier à proximité de la position israélienne où l’armée garde l’accès au réduit des colons. «Faites attention, ce sont des barbares !», lance un soldat à un journaliste, tandis qu’à proximité passent des familles palestiniennes qui rentrent chez elles, parcourant des rues presque désertes, où les portes métalliques des échoppes sont fermées depuis la fin de la matinée. «Les Israéliens ont fermé la route de Jérusalem. Nous sommes bouclés depuis 13 jours. La plupart des gens sont enfermés à la maison», martèle Hani, 24 ans, vendeur de matières plastiques. «J’espère que les Américains vont parvenir à un résultat avec le sommet entre (le Premier ministre israélien Ehud) Barak et Abou Ammar (surnom du président palestinien Yasser Arafat)», déclare-t-il. «Tous les peuples de la région veulent la paix : les Israéliens, les Palestiniens... Je veux pouvoir aller où je veux, à Tel-Aviv, et qu’ils puissent venir ici», poursuit Hani. Un point de vue que ne partage pas tout le monde à Hébron. «Il n’y aura pas de paix tant qu’il y aura de nouveaux martyrs et qu’ils (les Israéliens) ne partiront pas», tranche un jeune homme. Quelques dizaines de mètres plus haut dans la rue, devant des maisons de colons, les cabanes en bois figurant les tentes des Hébreux dans le désert du Sinaï après leur fuite d’Égypte, dressées pour la fête juive des moissons (Soukkot), sont désertes. La pluie a chassé les quelques enfants qui y jouaient et dont les dessins ornent encore les cahutes, sous le regard de soldats israéliens. «D’habitude, c’est une fête très vivante», explique une mère de famille venue rendre visite à son fils avec son mari et ses jeunes enfants. «Les gens viennent de Jérusalem prier au Caveau des patriarches, mais maintenant, c’est devenu dangereux», soupire-t-elle, tandis que dans les rues patrouillent les véhicules de la TIPH (Présence temporaire internationale à Hébron). Mais la tension des jours précédents semble être retombée. Devant leur position, à portée de tir des policiers palestiniens juchés sur un toit, des soldats israéliens s’amusent à bombarder de pierres la vespasienne en plastique où un de leurs camarades est allé se soulager, seul jet de projectile signalé dimanche à Hébron.
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