Les états-majors du Parti travailliste et du Likoud (droite), les deux grands blocs politiques israéliens, ont pris leurs marques mercredi pour la course au poste de Premier ministre, après le vote de la Knesset la veille en faveur d’élections anticipées. «Je ne crains pas des élections. J’ai emporté toutes celles où j’étais candidat», a affirmé le Premier ministre Ehud Barak mercredi soir à la tribune du Parlement. En fait, il n’a subi le test des urnes qu’une seule fois, lorsqu’il a écrasé son rival du Likoud, l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, en mai 1999. Désavoué par la Knesset après quinze mois de pouvoir seulement, il peut difficilement pavoiser. Pourtant, à 58 ans, M. Barak croit toujours à son étoile. Natif d’un kibboutz et ancien chef d’état-major bardé de médailles, il est passé par la prestigieuse unité des commandos de l’état-major. Son entrée en politique remonte à 1995 et il se réclame de l’héritage spirituel du prix Nobel de la paix Yitzhak Rabin. Il affirme avoir tenu ses promesses en ordonnant en mai le retrait de l’armée israélienne du «bourbier libanais». Il se flatte aussi d’avoir permis «un miracle économique». Les travaillistes envisagent des élections primaires, bien qu’aucune personnalité n’ait pour l’instant émergé pour contester à M. Barak la direction du parti. Mais le mécontentement à l’égard de M. Barak n’a fait que s’accroître au fil du temps au sein du parti, notamment en raison de son style. Certains dirigeants travaillistes commencent à avoir un «profil national», notamment le chef de la diplomatie, Shlomo Ben Ami, le ministre de l’Intérieur, Haïm Ramon, et surtout le président de la Knesset, Avraham Burg. À 45 ans, cet orateur hors pair, toujours coiffé de la kippa des juifs religieux, semble incarner l’avenir. Ex-militant du mouvement La paix maintenant, c’est un modéré qui a lutté pour un règlement avec les Palestiniens et contre la coercition religieuse. Fils du dirigeant historique du Parti national religieux Yossef Burg, il a fait son entrée au Parlement en 1992. À l’inverse du numéro un travailliste, Ariel Sharon n’est pas sûr d’être le candidat de son parti, le Likoud. Le comité central du parti se réunira en janvier pour choisir sa tête de liste, ce qui devrait donner lieu à une lutte au couteau avec l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu. À 71 ans, M. Sharon, que ses compatriotes ont surnommé «le bulldozer» à cause de son physique de fonceur et ses méthodes expéditives, n’a pas renoncé à briguer le pouvoir. «Superfaucon» et général de réserve, il fut l’âme de la colonisation juive en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Pragmatique, il a cependant reconnu le président palestinien Yasser Arafat comme interlocuteur et signé en octobre 1998 l’accord de Wye River, qui prévoyait notamment un retrait israélien de 13 % de la Cisjordanie. Il a de même admis qu’un État palestinien existait de facto depuis les accords d’Oslo. En hausse dans les sondages, M. Sharon devance maintenant nettement M. Barak dans les intentions de vote, mais reste encore loin de M. Netanyahu. Les partisans du flamboyant ex-Premier ministre l’ont appelé à mettre fin à la traversée du désert qu’il s’est imposée après sa lourde défaite face à M. Barak en mai 1999. Il était devenu le 29 mai 1996 le premier chef de gouvernement israélien élu au suffrage universel direct en vertu d’une réforme électorale. À 52 ans, ce nationaliste intransigeant se pique d’être un expert de la lutte antiterroriste. Il avait juré d’abroger les accords d’Oslo, mais s’était résigné à signer en 1996 l’accord de Hébron au terme duquel Israël a évacué 80 % de la ville.
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