Le Premier ministre israélien Ehud Barak était pris hier entre les pressions de la rue, qui exige une réplique musclée aux attaques palestiniennes, et son désir de ne pas alimenter un cycle de représailles qui pourrait déboucher sur une véritable guerre. L’attentat à la voiture piégée de mercredi à Hadera, qui a fait deux morts et 55 blessés dans cette petite ville au nord de Tel-Aviv, a encore accentué le risque d’un engrenage sans fin où chaque action de représailles d’un camp appelle automatiquement des contre-représailles de l’autre camp. La journée-clé, de ce point de vue, a été celle de lundi, avec l’attentat à la bombe contre un bus de ramassage scolaire de colons dans la bande de Gaza qui a fait deux morts et neuf blessés. Dans la soirée, hélicoptères de combat et navires de guerre israéliens déclenchaient un barrage de feu sur la bande de Gaza. Mercredi, quatre militants du Fateh, le mouvement du président palestinien Yasser Arafat, étaient tués dans une embuscade que leur avait tendue l’armée israélienne près de la colonie juive de Morag, dans le sud de la bande de Gaza. L’explosion quelques heures plus tard dans une des principales rues de Hadera ne constituait certes pas une réponse à l’embuscade de Morag, dans la mesure où un attentat à la voiture piégée ne peut s’improviser en quelques heures. Mais elle a accrédité dans la population israélienne l’idée d’une spirale de la violence. C’est la raison principale pour laquelle le cabinet de sécurité, convoqué dès mercredi soir par M. Barak pour mettre au point une réplique après l’attentat de Hadera, s’est quitté après deux heures et demie de discussions sans prendre de décisions. Israël affirme que l’attentat est l’œuvre du Jihad islamique, un mouvement intégriste dont de nombreux militants emprisonnés ont été libérés en octobre par l’Autorité palestinienne. M. Barak a répété à maintes reprises qu’il voulait faire preuve de «retenue» dans sa riposte afin de ne pas réduire à néant le mince espoir d’une reprise des négociations. Il est aussi l’objet de fortes pressions en ce sens de plusieurs pays, à commencer par les États-Unis, qui ont même, événement rarissime, critiqué implicitement Israël après les raids de lundi soir contre Gaza, en se disant «préoccupés par la puissance de feu» utilisée par l’État hébreu contre des zones urbaines. Mais M. Barak a aussi intérêt à limiter au strict minimum les pertes du côté palestinien, afin de ne pas fournir aux Palestiniens de nouveaux arguments sur le plan diplomatique pour justifier l’envoi d’une force internationale dans les Territoires. Le ministre palestinien des Affaires parlementaires Nabil Amr a ainsi estimé que l’embuscade de Morag attestait de «la nécessité d’une protection internationale» de la population palestinienne. Un commentateur du quotidien Yediot Aharonot estimait ainsi hier que l’un des buts des attaques anti-israéliennes de ces derniers jours était de «pousser le gouvernement à lancer des représailles tellement sanglantes que cela isolerait Israël sur le plan international». Les dirigeants israéliens, qu’ils soient politiques ou militaires, sont bien conscients de ce risque. Un haut responsable militaire israélien affirmait ainsi récemment que M. Arafat «a à l’esprit le scénario de la Bosnie». Il indiquait aussi que l’armée israélienne avait suivi de près les événements du Kosovo et en avait retenu la leçon. Mais dans le même temps, M. Barak, dont la cote de popularité est en forte baisse, doit tenir compte du ras-le-bol de l’opinion publique en Israël, où les partisans de la manière forte ont visiblement le vent en poupe, comme en atteste l’énorme manifestation antigouvernementale qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes mercredi soir à Jérusalem.
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