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Actualités - Chronologie

SCIENCE - L’académicien français est décédé à l’âge de 98 ans Théodore Monod, le savant aux semelles de sable

Savant aux semelles de sable, l’académicien français Théodore Monod est mort mercredi à 98 ans. Il avait consacré sa vie au Sahara, l’explorant pas à pas, herbier, carnet de notes et bouteille de formol à la main, comme un naturaliste du XVIIIe siècle. Cet infatigable «randonneur», écologiste de la première heure, pacifiste et «humaniste attristé», était en France l’une des dernières consciences de notre époque chaotique, s’élevant sans cesse contre nos égarements de nantis et les dangers qui menacent la planète et se reconnaissant deux bêtes noires : le nucléaire et la chasse. «Je vais être appelé à passer sur l’Autre Rive», admettait-il avec pudeur dans son dernier ouvrage Le chercheur d’absolu. «J’avoue ne pas être pressé. Il me faudrait encore quelque deux cents ans pour, peut-être, épuiser ma soif de curiosité, mon désir de faire avancer la Connaissance». D’une frugalité de Targui, ce vieillard émacié et presque aveugle, surnommé «fou du désert» par ses amis nomades, ne pouvait renoncer à l’appel des sables. En 1988, il parcourait encore l’Adrar à pied et à dos de chameau, à la recherche d’une météorite. Ensuite, il a dû consentir, brièvement, au 4x4... Né le 9 avril 1902 à Rouen, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pasteurs protestants, Théodore se jure, à 5 ans, de devenir naturaliste, lors d’une visite au Jardin des Plantes. Fidèle à ce serment, il obtient en 1926 un doctorat ès-sciences, tout en apprenant l’arabe littéraire aux «Langues O». À vingt ans, il étudie les poissons en Mauritanie. Découvre l’océan et l’Afrique. Cède à la fascination du Sahara. Mais n’en termine pas moins sa thèse d’ichtyologie (zoologie qui traite des poissons). Le numéro 20 000 «Le Sahara s’est refermé sur moi comme une proie, il me retient», avoue-t-il. Insatiable curieux, il étudie le désert à la loupe et se fait botaniste, zoologue, géologue, archéologue. Entré, en 1922, au Muséum national d’histoire naturelle de Paris – dont il occupera la chaire de professeur en 1946 –, il passe neuf mois par an en Afrique et participe à des expéditions au Sahara, notamment à la mission Augiéras-Drapper pendant laquelle il recueille le squelette fossilisé de l’Homme d’Asselar. Il arpente ensuite la Mauritanie, le Soudan, le Cameroun, le Tchad, le Ghana, l’Angola, le Nigeria mais aussi l’Iran et Israël. «Saharien» de deuxième classe pendant son service militaire, il met au jour, de 1934 à 1936, des gravures, peintures et inscriptions rupestres, soulignant l’importance fondamentale du Sahara dans la préhistoire. En 1938, il crée, à Dakar, l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) dont il demeure directeur jusqu’en 1965. Il continue parallèlement ses recherches, plonge avec le premier bathyscaphe en 1948 puis retourne butiner ses «trésors des sables» qu’il numérote avec application. «J’ai enfin dépassé le numéro 20 000», confie-t-il, avec un soupçon de fierté, depuis son «travailloir» du muséum. Lecteur insatiable, amoureux de l’écriture, Théodore Monod a publié une quinzaine d’ouvrages, dont, en 1990, ses Mémoires d’un naturaliste voyageur (éd. AGEP), récit d’une vie de sage, fils du Ciel et de la Terre. Le «sage» s’était en effet imposé derrière le chercheur, qui était resté jusqu’à la fin de sa vie très impliqué dans ses combats de toujours, contre la guerre, le rallye Paris-Dakar, la chasse, pour les animaux, les sans-papiers, les sans-logis. En août 1998, il avait réclamé une nouvelle fois «l’interdiction totale du nucléaire», lors d’un jeûne «d’interpellation» dans la banlieue parisienne, à Taverny, les 6 et 9 août, dates anniversaires des destructions de Hiroshima et Nagasaki par la force nucléaire en 1945. Théodore Monod, membre de l’Institut, figurait sur la liste «L’écologie, Les Verts, Daniel Cohn-Bendit et Dominique Voynet» pour les élections européennes de juin 1999. Il avait été victime d’un accident cérébral, il y a un an, à la veille d’un départ pour la Mauritanie.
Savant aux semelles de sable, l’académicien français Théodore Monod est mort mercredi à 98 ans. Il avait consacré sa vie au Sahara, l’explorant pas à pas, herbier, carnet de notes et bouteille de formol à la main, comme un naturaliste du XVIIIe siècle. Cet infatigable «randonneur», écologiste de la première heure, pacifiste et «humaniste attristé», était en France l’une des dernières consciences de notre époque chaotique, s’élevant sans cesse contre nos égarements de nantis et les dangers qui menacent la planète et se reconnaissant deux bêtes noires : le nucléaire et la chasse. «Je vais être appelé à passer sur l’Autre Rive», admettait-il avec pudeur dans son dernier ouvrage Le chercheur d’absolu. «J’avoue ne pas être pressé. Il me faudrait encore quelque deux cents ans pour, peut-être,...