«Il est des gens qui écrivent pour parler d’eux, et d’autres qui écrivent pour se cacher. Moi je fais sans doute partie de ces derniers». C’est en ces termes que Percy Kemp explique son incursion dans le domaine littéraire. Car pour ce consultant dans le milieu des affaires, l’écriture est un hobby. Percy Kemp – non ce n’est pas un pseudonyme – vient de publier chez Albin Michel un premier roman assez singulier intitulé Musc. C’est l’histoire de monsieur Eme, conçu comme un apologue un peu fantastique, dans la manière de Marcel Aymé. Gentleman à la retraite de soixante-neuf ans, monsieur M. est un ancien agent du contre-espionnage qui attache une importance toute particulière à sa mise. Elégant et raffiné, il fait tout avec un soin maniaque. En particulier en ce qui concerne son eau de toilette, qu’il conserve non pas dans la salle de bains mais dans le dressing. Ce parfum chic, qu’il utilise depuis une quarantaine d’années, fait partie de ce qu’il est, de sa personnalité, de sa séduction même. Sans lui, il est comme nu. Ne voilà-t-il pas qu’un beau jour, sa maîtresse remarque qu’il a changé. Elle le hume tendrement et déclare : «C’est la même odeur, et pourtant c’est différent». Profondément troublé, monsieur Eme ne tarde pas à trouver l’explication. Le parfum en question est fabriqué à partir d’une essence de musc non plus naturelle, mais désormais de synthèse, ce qui change tout. Il perd ses moyens, traque chez les détaillants les derniers flacons de l’ancienne formule, et sombre bientôt dans une déchéance tragique. Issue fatale programmée mais cependant souriante. Qu’est-ce qui a poussé Percy Kemp à choisir un sujet aussi singulier ? La réponse fuse : «Les bonbons». Explications : «C’est un sentiment de manque que j’ai moi-même ressenti quand des bonbons, auxquels j’étais habitué, ont changé. Je me suis senti floué». Il a donc voulu composer une nouvelle sur ce sujet de rupture d’habitude. «J’ai préféré travailler sur le parfum parce que pour moi , le parfum fait partie d’une stratégie de séduction. Il y a une symbiose entre le parfum et celui ou celle qui le porte. Cela fait partie de l’identification du personnage» L’histoire de monsieur Eme est une allégorie. «Le parfum est important mais mon propos va bien au-delà du parfum. Il parle de la déchéance, de la vieillesse, de notre sort à tous. C’est aussi une quête, le Graal de monsieur M». Comment il a publié ce livre ? «C’est le fruit d’un pur hasard, dit-il. «Quand j’ai terminé ce manuscrit, j’avais un déjeuner d’affaires à Montparnasse et j’ai garé ma voiture là où j’imaginais que mon personnage vivait. Et j’ai réalisé que, en face, il y avait la maison d’édition Albin Michel. La coïncidence était trop belle. J’ai donc envoyé le manuscrit par la poste». Comme quoi, les déjeuners d’affaires sont souvent utiles. M.G.H.
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