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Actualités - Chronologie

Une folle nuit électorale

Un suspense digne des meilleurs films d’action, des rebondissements de scénario comme seul peut en rêver Hollywood, des couacs sans précédent des médias, sans oublier un mort ... élu sénateur : les États-Unis auront vécu une nuit électorale à couper le souffle, assurée de rester dans les annales. Tous les analystes l’avaient prédit : l’élection se jouerait sur le fil du rasoir. Mais les Américains auront été servis : la plupart, qui devaient se rendre au travail le lendemain, sont allés se coucher mardi soir sans même connaître le nom de leur 43e président. Le long marathon électoral débute par un raz-de-marée en faveur de «W» : Indiana, Kentucky, Géorgie, New Hampshire, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Virginie. Un à un, les États tombent dans l’escarcelle du candidat républicain. La carte des États-Unis commence à se colorer de rouge. Face à un tel déferlement, Al Gore fait pâle figure avec le petit État du Vermont, qui passe en bleu. Très vite cependant, le vice-président démocrate se reprend, à la faveur des résultats en provenance des États du nord-est, des bastions démocrates. Puis tombe la nouvelle, comme un coup de tonnerre : Gore a remporté la Floride. Puis, c’est la Pennsylvanie, le Michigan. Trois États-clé qu’il se devait absolument de gagner. De l’avis des observateurs, il prend une sérieuse option sur la présidence. Cris de joie au quartier général de Gore. En revanche, dans le camp Bush, les mines s’allongent. Comment les républicains ont-ils pu perdre la Floride ? Un État de surcroît gouvernée par le frère de «W», Jeb Bush ? À Austin, dans le confort de sa résidence et entourée de toute la famille Bush, George W., incrédule, arbore un sourire crispé. Il dit ne pas «croire dans les projections» des télévisions américaines. «Je ne concède rien en Pennsylvanie et je ne concède rien en Floride», lance-t-il. Les bonnes nouvelles se poursuivent pour les démocrates. À New York, Hillary Clinton devient la première «Première dame» des États-Unis à emporter un poste de sénateur. «Merci, New York !», lance-t-elle à la foule de ses militants. À ses côtés, Bill Clinton essuie une larme. Vers 22h00, c’est le coup de théâtre. Les grands «networks» américains reviennent sur leurs projections en Floride. Premier couac. «Les informations que nous avons reçues au départ n’étaient pas correctes», explique une porte-parole de CNN. La faute revient au Voter News Service (VNS), une organisation qui fournit «les mêmes projections aux télévisions américaines». Les républicains dénoncent la course au «scoop», alors que les bureaux de vote ne sont pas clos dans le Midwest et dans l’ouest. Devant les caméras, les commentateurs mordent la poussière et se confondent en excuses. Viennent-ils de commettre l’équivalent télévisuel du célèbre impair du Chicago Tribune en 1948 annonçant par erreur la victoire présidentielle de Thomas Dewey sur Harry Truman ? Les télespectateurs n’ont encore rien vu. Dans le Missouri, le gouverneur Mel Carnahan, décédé trois semaines auparavant dans un accident d’avion, est élu au poste de sénateur. Il était trop tard pour retirer les bulletins de vote. Sa veuve assumera la charge. Il est deux heures du matin. Bush et Gore sont toujours mano a mano. Tous les regards sont désormais tournés vers la Floride, qui détient la clé de la victoire. À peine 20 000 voix y séparent les deux candidats. Et puis, la chaîne CBS annonce : «Bush élu 43e président des États-Unis». Les autres suivent rapidement. C’est l’alternance. Scènes de liesse à Austin. Incrédulité à Nashville au quartier général de Gore. Ce dernier appelle son rival pour concéder sa défaite. Nouveau coup de théâtre. Alors qu’on croyait enfin tenir un vainqueur, c’est la douche froide. Les télévisions reviennent sur leur verdict en Floride : le décompte est trop serré pour déclarer un vainqueur. Il va falloir recompter les voix. Gore appelle de nouveau Bush au téléphone et lui affirme qu’il ne concède plus sa défaite et attend le résultat final de la Floride. Il est cinq heures du matin. L’aube pointe et les Américains s’apprêtent à se réveiller. Le pays n’a toujours pas de président. «C’est la soirée la plus étrange de l’histoire électorale américaine», conclut le réalisateur Bob Reiner, qui n’aurait pas rêvé de mettre en scène un tel scénario.
Un suspense digne des meilleurs films d’action, des rebondissements de scénario comme seul peut en rêver Hollywood, des couacs sans précédent des médias, sans oublier un mort ... élu sénateur : les États-Unis auront vécu une nuit électorale à couper le souffle, assurée de rester dans les annales. Tous les analystes l’avaient prédit : l’élection se jouerait sur le fil du rasoir. Mais les Américains auront été servis : la plupart, qui devaient se rendre au travail le lendemain, sont allés se coucher mardi soir sans même connaître le nom de leur 43e président. Le long marathon électoral débute par un raz-de-marée en faveur de «W» : Indiana, Kentucky, Géorgie, New Hampshire, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Virginie. Un à un, les États tombent dans l’escarcelle du candidat républicain. La carte des...