La dernière phase des élections législatives égyptiennes a commencé hier au Caire et dans huit autres gouvernorats du pays, sur fond d’interventions policières et d’arrestations, notamment dans les circonscriptions où les islamistes sont candidats. Au moins 247 personnes, notamment des partisans de candidats islamistes, ont été arrêtées lors de confrontations avec la police, dans la capitale, au nord et au sud du pays. Deux cents partisans du candidat du mouvement islamiste, interdit mais toléré, des Frères musulmans Khaled Hammouda ont ainsi été arrêtés dans le gouvernorat d’Assiout (390 km au sud du Caire), selon la police. Dans le quartier résidentiel de Dokki (sud du Caire), où est candidat le numéro deux des Frères musulmans, M. Maamoun al-Hodeiby, des forces antiémeutes bouclaient les accès d’au moins deux bureaux de vote, consacrés aux femmes. Devant ces deux bureaux – où une journaliste de l’AFP a été interdite d’entrer par les services de sécurité – des policiers en civil sélectionnaient les électrices. Seules les femmes emmenées par des minibus et accompagnées de militants du Parti national démocrate (PND, au pouvoir) étaient autorisées à pénétrer et à voter, alors que les femmes voilées en étaient empêchées sans aucune explication. Abla Abel Fattah, ingénieur de 42 ans, Samia Makhlouf, professeur à la faculté de médecine du Caire, 47 ans, et Leila Ahmad, architecte, 39 ans, font partie de ces femmes, toutes voilées, qui attendaient devant ces bureaux de vote avec l’espoir de pouvoir voter pour M. Hodeiby. «Ils (les policiers) veulent que nous nous en lassions et que nous partions mais nous allons rester», dit Leila Ahmad. Un caméraman de la chaîne de télévision qatariote al-Jazira a été blessé par des policiers et plusieurs autres journalistes molestés par des hommes et femmes en civil, alors qu’ils assistaient au déroulement du scrutin à Dokki. Dans plusieurs circonscriptions, des heurts ont opposé des électeurs pro-islamistes, qui ont été interdits de voter, aux policiers. Dans les villages de Hawamdiya (Guizeh, sud du Caire), de Bassous (Qalioubiya, 20 km au nord du Caire) et dans les banlieues de Kirdassa (Guizeh, sud du Caire) et al-Margg (nord-est du Caire), le scénario était presque le même : des électeurs en colère lançaient des pierres sur les policiers qui ripostaient par des gaz lacrymogènes. Cent-soixante sièges sont à pourvoir lors de cette troisième et dernière phase des élections législatives qui doit s’achever le 14 novembre. Le scrutin a été marqué lors des deux premières phases par une nette victoire du parti au pouvoir, après le ralliement d’indépendants, et une percée des islamistes qui ont déjà remporté 15 sièges. Le Parlement compte 454 sièges, dont 10 nommés par le chef de l’État. Ces élections, qui ont commencé le 18 octobre, se déroulent selon le mode de scrutin uninominal à deux tours et les résultats complets seront connus à la mi-novembre. Le scrutin se déroule pour la première fois sous la surveillance de magistrats, ce qui a permis d’éviter une partie des fraudes électorales massives dénoncées par l’opposition en 1995.
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