Depuis plus d’un an, une jeune designer, fraîche émoulue des Arts décos et convaincue du développement de la crémation, s’est «attaquée» à la traditionnelle urne funéraire, bien décidée à proposer une «alternative à un produit standard». «En France, la mort est tabou. Elle est encore associée aux chrysanthèmes et au brouillard», constate Anne-Claire Jouvray-Thibaut, 29 ans, installée à Lyon depuis sa sortie de l’École des arts décoratifs de Strasbourg. Elle s’est néanmoins lancée le défi de renouveler le «genre» de l’urne funéraire à la suite d’un travail de fin d’études consacré à «l’esthétique des columbariums dans les cimetières». «C’est moche et on ne peut rien faire», fut alors son constat, a priori sans appel. Obstinée, elle a toutefois réfléchi à des formes neuves. «Voile organza» représente une grande toile rouge, en tissu léger, une sorte de tulle, tendue entre trois arbres. «Le tissu peut être brodé avec les initiales du défunt», explique la jeune femme. le «Murex», «l’une de ses plus belles pièces», dit-elle, est une copie en résine d’un coquillage, au long pied. sa «poche icône» désigne une pochette transparente en tissu très fin, où se trouve la photo de la personne décédée. La toile laisse passer, tel un tamis, les cendres. Ses objets, poursuit-elle, peuvent aussi permettre de faire renaître des rites funéraires, nécessaires pour le travail de deuil mais délaissés par des Français qui se sont éloignés de l’Église. Offrir du sur mesure Elle imagine des installations éphémères ou durables inspirées de l’art contemporain, dans un jardin privé ou dans un espace public, même si la législation reste floue en la matière. «Il est très dur de faire son deuil dans le cadre d’une dispersion de cendres», remarque-t-elle, affirmant vouloir offrir du «sur mesure, d’après une histoire personnelle, un lieu». L’an dernier, des photos de ses créations sous le bras, elle avait tenté de porter sa parole au salon Funexpo, réunion annuelle des professionnels du funéraire. En vain. Depuis, en lançant un site sur l’Internet, elle a reçu des demandes d’information, notamment en Belgique de la part du promoteur privé d’un cimetière pour animaux. Résultat, en novembre prochain, celle, qui pour assurer les fins de mois décore des magasins, retournera à Funxpo, à Lyon, cette fois par la grande porte. Elle a été invitée par la Fédération française des pompes funèbres pour exposer à l’espace «Tradition funéraire française». Plus étonnant, le conteur Yannick Jaulin, qui présentera en janvier à Paris au Théâtre de la Main d’Or le spectacle J’ai pas fermé l’œil de la nuit, des contes sur la mort, l’a également remarquée. Il m’a demandé de venir exposer dans une salle annexe le temps du spectacle, dit-elle. Avec son «univers», elle n’a pas l’impression de choquer. «Lorsque j’ai montré mes travaux à Strasbourg à la fin de mes études, j’ai reçu des témoignages qui m’ont persuadée que je réponds à des attentes».
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