New York, de notre correspondante Sylviane ZEHIL Dans un article publié dans la dernière édition du New York Magazine et ayant pour titre «Allah for One», l’auteur Alex Williams met en relief l’émergence de la communauté arabo-américaine aux États-Unis et son souhait de se faire entendre à New York. Deux manifestations rassemblant plusieurs milliers de protestataires arabo-américains ont eu lieu à New York. La première s’est tenue à Times Square à une heure de pointe. La seconde s’est déroulée vendredi dernier de la 42e rue jusqu’au siège des Nations unies, où plusieurs milliers de personnes ont défilé aux cris de «Nous sommes musulmans, nous sommes américains et nous votons». Pour les observateurs, cette masse d’américains d’origine arabe, longtemps silencieuse, est sortie de sa léthargie et a décidé enfin de se faire entendre. Pourquoi agissent-ils maintenant ? Pour John Zogby, Américain d’origine libanaise et grand spécialiste des sondages, il s’agit d’une prise de conscience, d’un éveil. «À leur arrivée aux États-Unis, les Arabes-Américains pensaient surtout à leur village. Ils étaient avant tout Libanais, Syriens ou Palestiniens. Le concept d’“Arabe-Américain” vient de prendre une autre signification. Cette communauté exprime maintenant son opinion et est concernée par ce qu’on appelle “l’autre côté” de la querelle du Proche-Orient », affirme-t-il. «En 1973, se souvient M. Zogby, il y avait la communauté juive face à Mohammed Mehdi, qui était seul». Mehdi, en tant que chef du Conseil national des affaires islamiques, était l’interlocuteur arabe de premier choix, place qu’il a gardée jusqu’à sa mort, en 1998, à l’âge de 70 ans. Aujourd’hui, la communauté arabe vient de sortir de l’ombre. Selon le City Planning, le nombre d’Américains d’origine arabe a plus que doublé. Il a passé de 30 000 à 75 000 depuis le dernier recensement (Census). Les chiffres compilés par le prestigieux Arab American Institute de Washington, que dirige James Zogby, le frère de John, estime le nombre de New-Yorkais d’origine arabe à environ 170 000, avec plus de 350 000 dans le seul État de New York. La population arabo-américaine a littéralement explosé aux États-Unis. Selon le Census, son nombre a passé de 2 millions à 3,5 millions. George W. Bush n’a pas manqué de soulever ce point lors de son deuxième débat avec Al Gore, il y a deux semaines. Il a évoqué l’existence des Arabo-Américains. «Nous devons faire quelque chose à ce sujet», avait-il insisté. Il faut dire que les Arabo-Américains de New York n’ont jamais eu une grande influence politique, particulièrement dans cet État où les électeurs juifs dépassent largement le nombre des électeurs arabes, soit cinq contre un. Et surtout pas dans le climat actuel où les deux candidats au siège de sénateur, Hillary Clinton et Rick Lazio, ont voulu se distancer des Palestiniens. «Il est évident que la presse montre un plus grand intérêt envers les porte-parole de la communauté arabo-américaine, affirme Michael Miller, chef de la Jewish Community Relations Council. Mais il n’existe pas de personne officiellement élue, que je sache, qui a participé à la manifestation pro-palestinienne qui s’est tenue vendredi dernier. Cela est assez explicite», ajoute-t-il. «Je pense qu’il y a une fausse perception chez les candidats, poussés par leurs soit-disant conseillers, selon laquelle ils ne peuvent pas avoir le soutien simultané des Arabo-Américains et des juifs américains», affirme pour sa part James Zogby, qui semble avoir repris le flambeau de Mohammed Mehdi. Malgré ses condamnations d’Israël, James Zogby, qui a été conseiller de campagne du vice-président Al Gore, suscitant de ce fait l’inquiétude de la communauté juive, pense que «New York reste encore un environnement intimidant pour les Arabo-Américains». «S’il y a cependant une amélioration dans le reste du pays. Je n’en vois pas à New York. Les Arabo-Américains de New York bénéficieront-ils un jour du même respect que leurs pairs au Michigan ?», conclut-il.
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