Interrogé hier devant le tribunal correctionnel de Lille (nord) dans le cadre du procès Festina, le Néerlandais Hein Verbruggen, président de l’Union cycliste internationale (UCI), a réfuté les accusations de laxisme portées contre son instance dans la lutte antidopage. «À ma connaissance, aucune fédération internationale n’a jamais investi dans la recherche des méthodes de détection, on laisse ça aux autres», a déclaré M. Verbruggen, rejetant implicitement sur le Comité international olympique (CIO) la responsabilité d’engager des fonds pour détecter les produits interdits. À la tête de l’UCI depuis 1991, il a souligné avoir fait passer en dix ans le budget annuel de 6 à 75 millions de francs (0,9 à 11,4 millions d’euros). «Combien investissiez-vous dans la recherche ?», interroge le président du tribunal Daniel Delegove. Une rapide addition débouche sur la somme moyenne de 400 000 francs (61 000 euros) par an depuis 1995. «Autant que pour l’achat de produits dopants chez Festina», ironise M. Delegove. Partie civile au procès Festina, le patron de l’UCI a néanmoins tenu à témoigner sous serment pour affirmer notamment qu’il n’avait pas entendu parler de l’usage de l’EPO dans le peloton avant «1992-93». «Je n’exclus pas que c’était avant», hésite-t-il toutefois. « On n’a rien trouvé » Le président lui rappelle alors les décès suspects de sept coureurs néerlandais dans les années 89-90, dont Johannes Draaier, ancien de l’équipe PDM. Hein Verbruggen s’en souvient et explique que Draaier «avait un sérieux problème cardiologique mais il a continué à courir sur la foi d’un diagnostic médical optimiste». «Des enquêtes de la fédération néerlandaise n’ont pas mis l’EPO (érythropoïétine) en cause», ajoute-t-il. Le président Delegove lui rappelle l’épisode du retrait en masse du Tour de France 1991 de PDM. Autre enquête de la fédération néerlandaise et même résultat négatif : «On n’a rien trouvé», souligne M. Verbruggen. Le président du tribunal évoque une lettre du Dr Léon Schattenberg, responsable de la lutte antidopage à l’UCI, adressée aux coureurs en février 1998. De passages tels «un usage incontrôlé peut provoquer des dommages à la santé» ou «l’utilisation abusive d’EPO doit être éradiquée», M. Delegove déduit que le médecin de l’UCI «semble dire aux coureurs que seul un usage exagéré d’EPO peut nuire à leur santé». «Je n’ai pas lu ainsi la lettre. L’UCI refuse tout dopage», répond M. Verbruggen. «Je suis certain qu’il (le Dr Schattenberg) n’avait pas les intentions que vous lui prêtez», ajoute-t-il. « Aucune objection » Les trois heures d’audience de la matinée ont également mis en évidence la grande imperméabilité entre les instances cyclistes et la communauté scientifique œuvrant au dépistage de ces produits. Appelé brièvement à la barre, Daniel Baal, président de la Fédération française de cyclisme, n’a appris qu’en janvier 1999 l’efficacité des tests capillaires pour détecter la prise de corticoïdes ou d’anabolisants. Le service de toxicologie de Strasbourg (est) du Pr Pascal Kientz, également témoin, est à la pointe dans l’analyse des cheveux. Pourtant seules les constatations du laboratoire national français de Châtenay-Malabry (région parisienne) sur des prélèvements positifs peuvent aboutir à une sanction sportive, souligne M. Baal en s’appuyant sur les lois qu’a fait voter le ministère français de la Jeunesse et des Sports. À propos des cheveux, dont chaque centimètre renseigne sur un mois de consommation de la plupart des produits interdits (sauf les dopants «lourds» EPO et hormones de croissance), le président du tribunal s’étonne que l’UCI conteste des méthodes scientifiques adoptées depuis 1991 par la justice française pour faire condamner des criminels devant des cours d’assises. «S’il n’y a pas selon vous de méthode infaillible pour décider d’une sanction sportive, pourquoi ne pas utiliser ces éléments comme point de départ pour d’autres investigations ?», suggère M. Delegove. «Aucune objection», répond M. Verbruggen.
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