Battu il y a quelques mois à l’élection à la présidence d’Israël qui devait constituer le couronnement d’une carrière incomparable, Shimon Peres, décidément infatigable à 77 ans, a échoué jeudi dans sa bataille pour accéder au poste de Premier ministre. Stimulé par les sondages qui le donnent gagnant devant le candidat de droite Ariel Sharon, contrairement au Premier ministre sortant Ehud Barak, M. Peres souhaitait défier le poids des années et cette malédiction qui lui fait perdre systématiquement toutes les élections auxquelles il est candidat. «Colombe» au sein de son parti, déjà deux fois Premier ministre travailliste, M. Peres entendait cette fois devenir chef du gouvernement au nom du «camp de la paix». Mais le parti de gauche Meretz a refusé hier d’accorder son indispensable soutien à cette candidature qui aurait permis à l’artisan des accords d’Oslo en 1993 de faire un retour fracassant sur le devant de la scène politique israélienne. Depuis qu’il a été relégué par M. Barak au poste symbolique de ministre de la Coopération régionale, M. Peres n’a été véritablement sollicité qu’une fois par le Premier ministre. Début novembre, au plus fort de l’intifada (soulèvement palestinien), il avait rencontré le président palestinien Yasser Arafat à Gaza afin d’essayer de mettre fin à la violence dans les Territoires. Mais comme la presse israélienne s’en était amusée il y a quelques années, «quand on fait sortir Peres par la porte, il rentre par la fenêtre, et quand on le fait sortir par la fenêtre, il réapparaît par la cheminée». Incorrigible rêveur Admiré à l’étranger, il a longtemps été mal aimé dans son pays, y compris au sein de son propre parti, où beaucoup ne lui ont jamais pardonné une série d’échecs électoraux. Car M. Peres n’a jamais vraiment gagné une élection. Son dernier échec remonte à l’élection à la présidence de l’État. Opposé à un député de droite relativement peu connu, Moshe Katsav, il avait laissé échapper une nouvelle fois une victoire qui lui semblait acquise. Personne n’a pour autant jamais mis en doute les capacités de cet intellectuel à la mise soignée, interlocuteur des grands de ce monde et technocrate de premier plan. «Faucon» dans sa jeunesse, reconverti plus tard en «colombe», il a été l’artisan de la force militaire d’Israël, particulièrement dans le domaine nucléaire, puis l’architecte du processus de paix avec les Palestiniens lancé en 1993 par les accords d’Oslo. Son rôle crucial dans la conclusion de ces accords lui a valu en 1994 le prix Nobel de la paix en compagnie de Yitzhak Rabin et de M. Arafat. Né à Vishneva (Pologne) en 1923, Shimon Peres est arrivé en Palestine à l’âge de 11 ans. Après la création de l’État d’Israël en 1948, il devient à 29 ans directeur général du ministère de la Défense. Devenu Premier ministre par intérim à la suite de l’assassinat de Yitzhak Rabin par un extrémiste juif le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv, M. Peres perd d’extrême justesse les élections en mai 1996 face au candidat de l’opposition de droite, Benjamin Netanyahu. L’année suivante, il est évincé de la direction du Parti travailliste par M. Barak, qui crée ensuite tout spécialement pour lui, après sa victoire électorale de mai 1999, le poste de ministre de la Coopération régionale, sans aucun poids politique. Il s’attache depuis lors à promouvoir sa vision d’un «nouveau Proche-Orient» centré sur la coopération économique entre Israël et ses voisins arabes. Cela lui a valu d’être qualifié d’incorrigible rêveur et même d’être accusé de vouloir faire perdre à Israël son identité juive.
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