Il n’est pas étonnant que le commerce des cuisines ait subi un coup de frein, en raison de la crise. Les revendications des commerçants et des industriels sont nombreuses. Bien que la baisse des taux douaniers ait facilité la vie de certains, il reste encore beaucoup à faire pour relancer ce secteur. En temps de crise, personne n’est à l’abri des problèmes et le marché déjà étroit devient un véritable terrain de bataille. D’une part, les ménages doivent assumer les dépenses imprévues et, d’autre part, les sociétés doivent résoudre les retards de paiements inévitables avec les ventes à crédit de plus en plus fréquentes. «Il y a un manque de liquidité chez les clients, et les chantiers travaillent à un rythme très lent, regrette Nadim Khalifé, associé de Alkarawan Khalifé Trading Co SARL. De ce fait, une cuisine reste dans notre stock durant un à deux ans. Quant au dernier paiement, qui équivaut à 15 % ou 20 % du prix, il traîne plus de deux ans après la livraison. Il faut avouer qu’aujourd’hui, nous travaillons davantage pour moins d’argent». «Les encaissements sont difficiles car les gens ne respectent pas leurs engagements, ajoute Patrick Mehanna, directeur marketing de Meker. Tout le circuit est faussé et nous finissons par constater des aberrations dans le respect de nos contrats. Nous avons des délais de livraison assez courts, du moment que la production est locale, mais il s’avère que le client n’est pas encore prêt pour l’installation de sa cuisine, alors qu’au départ, il était très pressé. En outre, les gens cèdent souvent à l’attrait du snobisme et pensent qu’il vaut mieux avoir une cuisine importée. C’est là une particularité très ancrée dans la culture libanaise. De plus, la concurrence est forte. il y a plus de 70 fabricants et revendeurs de cuisines sur le marché actuellement, alors qu’il y a dix ans nous n’étions que quatre ou cinq importants. Aujourd’hui, il y a tout et n’importe quoi et, malheureusement, le client s’y perd car il n’y a pas de répère, d’éthique et de professionnalisme. Tout le monde est un peu touche-à-tout et veut tout faire. Par conséquent, les non-professionnels cassent les prix, ce qui n’est profitable à personne, car finalement ils minent le secteur tout entier et eux-mêmes ne tiennent pas le coup». Autre problème essentiel, les taux de douanes sont au cœur des préoccupations des professionnels. «Avec des taux douaniers qui avoisinaient les 40 %, nos cuisines sont devenues des produits de luxe et, par conséquent, la clientèle a diminué», constate Nadim Khalifé. En effet, au niveau des taux de douanes, de nouvelles alternatives doivent être pensées. Nicolas Chédid, gérant-associé de Intermeuble, observe : «Nous avons obtenu une baisse de 10 % du taux douanier passé de 40 à 30 %. Nous aurions souhaité une baisse des taux plus importante, et cela pour deux raisons principales : d’abord pour augmenter nos ventes, que le prix restant un critère important dans un contexte de crise économique ; ensuite pour couper court à toutes manipulations éventuelles des documents de transport falsifiés, comme les factures par exemple. Le jeu comptable qui avantage certains face à d’autres mène à une concurrence faussée. De plus, la taxe sur les matières premières et semi-finis a été réduite à zéro, ce qui a encore élargi le fossé entre les industriels et les commerçants. Cette décision avantage les industriels beaucoup plus que la baisse de 10 % que nous avons obtenue. Par ailleurs, nous aimerions que le gouvernement étudie à nouveau les lois douanières car les taxes sont calculées sur le total des frais, incluant ceux du transport. En dernier lieu, la baisse des taux bancaires, actuellement excessifs, pourrait nous permettre de tripler nos activités». De leur côté, les producteurs locaux ont eux aussi à leurs charges des frais excessifs. «Il nous est possible de produire bien davantage, déclare Chafic Dagher, directeur des Établissements Dagher. Les machines que nous possédons peuvent fabriquer jusqu’à 70 % de production en plus. Cependant, les coûts de production sont excessivement élevés et la demande actuelle est faible. Nous demandons au gouvernement de subventionner les industriels pour encourager la production locale et relancer nos activités. Sans nos propres efforts et notre amour pour le Liban, nous n’aurions jamais pu survivre dans les circonstances actuelles du marché». Se refusant à baisser les bras, Nicolas Chédid assure : «Nous sommes optimistes quant aux perspectives d’avenir, car le Libanais a beaucoup de goût et il apprécie la qualité. Il aime avoir de belles pièces chez lui et il est constamment à l’affût des dernières nouveautés». Certes, la crise économique a touché les différents aspects du secteur. Toutefois, il semble que certains ressentent dernièrement une reprise notable. «Depuis deux mois, nous constatons une forte relance de nos activités, remarque Patrick Mehanna. Nous avons de nouveaux chantiers et nous répondons à plusieurs appels d’offres. Toutefois, la marge des prix proposée par les concurrents est de 40 % à 50 % inférieure. Il y a forcément un vice quelque part, car nous vivons tous sous les mêmes conditions de marché, nous subissons des taux de douanes et des taux bancaires identiques, et nous avons plus ou moins les mêmes fournisseurs». «Chez Intermeuble, nous vendons plus cette année que l’année passée, constate aussi Nicolas Chédid. Cela s’explique par un retour vers la qualité. À 10 % près, les clients préfèrent avoir des pièces de qualité qui durent longtemps». Le client est roi La société qui réussira le mieux est celle qui accordera le plus de soin aux services fournis à sa clientèle, procurant ainsi à cette dernière une valeur ajoutée. «Nous misons sur les rapports personnels et sur le service, car nous considérons que chaque client est l’un de nos revendeurs, affirme Nadim Khalifé. Soucieux de la qualité, nous avons récemment été certifiés ISO 9 001». «Le super luxe chez Meker, c’est d’être livré à temps, assure aussi Patrick Mehanna. Nos produits sont garantis dix ans et ils ont un finissage irréprochable. Nous sommes opérationnels en 24h et nos équipes sont au service du client. Les cuisines ne sont pas un produit facile à fidéliser et le relationnel est de plus en plus important. Nos ingénieurs anticipent les erreurs de chantiers et tous les détails sont pris en considération pour avoir un risque zéro. Avec notre expérience de plus de trente ans, nous connaissons tous les rouages des cuisines. Nous avons une réputation d’originalité, les gens viennent souvent prendre nos idées pour les faire fabriquer ailleurs». À la question de savoir comment se différencier, Nicolas Chédid répond : «En gardant un niveau de qualité indéniable, un service après-vente irréprochable, tout en restant honnête envers le client. Il ne faut pas prétendre à un niveau de qualité et en donner un autre. Quelles que soient les circonstances et même durant les années de guerre, nous avons toujours été au service de notre clientèle».
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