La production du plus gros avion du monde, l’Airbus A380, menace de provoquer une nouvelle guerre commerciale entre l’Union européenne et Washington, déterminés à défendre les intérêts de leurs champions aéronautiques respectifs. Après les accusations lancées lundi par le président américain Bill Clinton sur le caractère déloyal des aides publiques au consortium européen, la Commission de Bruxelles a répliqué dès hier en mettant en cause les subventions indirectes à Boeing. Avec l’avion géant A380 (de 550 à 800 passagers), dont le lancement industriel a été décidé mardi à Toulouse (sud de la France), Airbus concurrencera directement Boeing dans le secteur des très gros-porteurs, sa chasse gardée depuis 30 ans. Inquiet de cette atteinte à son quasi-monopole, le constructeur aéronautique américain a su se faire entendre de la Maison-Blanche, qui a volé à son secours en mettant en cause le financement public d’Airbus, estimé à 4 milliards de dollars de crédits. Selon M. Clinton, ces «prêts, accordés sur des critères non commerciaux», constitueraient «une violation des accords multilatéraux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la construction aéronautique». Une responsable américaine a même laissé entendre que Washington était prêt à porter l’affaire à l’OMC, faute de compromis acceptable. La réaction de Bruxelles ne s’est pas fait attendre. La Commission européenne, qui défend les droits de l’Union dans les négociations commerciales internationales, a assuré mardi que ces «prêts remboursables», qu’il ne faut pas assimiler à des subventions, étaient «conformes» aux règles de l’OMC. Surtout, Bruxelles n’a pas du tout apprécié que Washington remette implicitement en cause l’accord euro-américain qui régit depuis 1992 les conditions de versement d’aides publiques à l’aéronautique civile. «Si les États-Unis décident de lancer une procédure contre l’Union, la Commission n’hésitera pas à proposer au Conseil (des ministres européens) de prendre des mesures similaires, en remettant en question les subventions indirectes dont bénéficie Boeing par le biais de ses contrats avec la Nasa et le Pentagone», a menacé un porte-parole de la Commission. L’accord de 1992 limite les crédits directs à 33 % du coût total de la construction des avions civils d’au moins 100 places, ce qui vaut notamment pour Airbus, et les subventions indirectes à 3 % du chiffre d’affaires annuel des groupes aéronautiques, ce qui s’applique à Boeing. La limite était de 4 % au départ, mais elle a été ramenée à 3 % depuis la fusion de Boeing avec son concurrent américain McDonnell Douglas en 1997. Elle vaut pour l’argent dont l’avionneur de Seattle bénéficie par le biais des contrats de recherche et développement de la Nasa et du Pentagone. «Nous estimons que ces subventions indirectes dépassent largement» la limite de 3 %, a prévenu le porte-parole de la Commission. Chacun fourbit donc ses armes avant une réunion commune le 11 janvier à Washington, prévue de longue date dans le cadre de consultations sur les différends aéronautiques transatlantiques. Le déclenchement d’une nouvelle guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances économiques du globe cadrerait cependant mal avec leur volonté affichée de désescalade, alors que leurs conflits sur la banane, le bœuf aux hormones et les aides fiscales américaines à l’exportation sont toujours pendants.
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