Porté par les sondages, plébiscité dans son propre parti, l’ancien Premier ministre israélien de droite Benjamin Netanyahu se considérait assez fort pour exiger à la fin de la semaine l’autodissolution de la Knesset, à moins de deux mois de l’élection au poste de Premier ministre. Il a récusé vendredi d’avance tout accord de paix que conclurait le Premier ministre démissionnaire Ehud Barak d’ici aux élections prévues le 6 février. «Non seulement je considère que tout accord ne m’engagerait pas mais que le gouvernement sortant d’Ehud Barak n’a aucun droit légal ou moral de conclure un tel accord avec Yasser Arafat», le président palestinien, a déclaré M. Netanyahu dans une interview au quotidien Yediot Aharonot. Agissant comme si sa victoire électorale ne faisait plus de doute, M. Netanyahu a lancé un véritable ultimatum politique à ses alliés politiques, annonçant qu’il ne serait pas candidat au poste de Premier ministre si la Knesset (Parlement) ne votait pas son autodissolution. «Je ne présenterai ma candidature que s’il y a des élections générales, car je ne veux pas me retrouver à la tête d’une Chambre ingouvernable», a déclaré jeudi l’homme fort de la droite. Élu Premier ministre sans dissolution de la Knesset, M. Netanyahu devrait en effet composer avec un Parlement, au sein duquel il ne disposerait pas d’une majorité stable. Le problème se pose avec encore plus d’acuité pour M. Barak qui, s’il est réélu, se retrouvera en face de la même Chambre qu’il a mise en minorité. Mais M. Barak craint des élections législatives qui risquent de laminer les travaillistes, alors que M. Netanyahu mise sur un renforcement considérable de son parti, le Likoud. «D’un point de vue constitutionnel et démocratique, la position de Benjamin Netanyahu est logique car un Premier ministre doit avoir l’appui de la Knesset pour gouverner», a déclaré le professeur de droit constitutionnel David Kreztmer de l’université de Jérusalem. «La clé est une fois encore entre les mains du puissant parti ultraorthodoxe sépharade Shass, la troisième formation de la Knesset, avec 17 députés sur 120, qui n’a pas encore fixé sa position». Ce parti, de cœur avec la droite nationaliste, souhaite le retour de M. Netanyahu à la tête du pays mais craint de nouvelles élections qui réduiraient sa représentation parlementaire. N’étant pas député, M. Netanyahu a besoin, pour pouvoir reconquérir le poste de Premier ministre, soit d’une modification de la loi électorale, soit de la dissolution de la Knesset, la seule option à ses yeux. Le Shass a fait adopter mercredi en lecture préliminaire un amendement à la loi électorale, appelé «loi Netanyahu» par la presse, qui lui permettrait d’être candidat au poste de Premier ministre. Mais c’est précisément cette loi que M. Netanyahu récuse, préférant que la Knesset vote mardi en deuxième et troisième lectures son autodissolution. «Qui l’aurait cru, le même Netanyahu, qui s’était pris les pieds dans des affaires légalement douteuses, se mue en défenseur du droit», ironise le quotidien Maariv qui le félicite néanmoins d’avoir renoncé à la «loi Netanyahu». M. Netanyahu maintient une avance considérable de 19 points sur M. Barak, qui a présenté sa démission le 9 décembre sans prononcer la dissolution de la Chambre. M. Barak serait battu par chacun des deux candidats de la droite aux élections au poste de Premier ministre, selon des sondages d’intentions de vote publiés vendredi. Il aurait même moins de chances d’être élu que son rival travailliste, l’ancien Premier ministre Shimon Peres, qui bénéficierait de l’appui des voix de la minorité arabe (14 % des votants) qui feraient défaut à M. Barak, selon ces sondages. M. Peres, qui n’a pas encore annoncé ses intentions, poursuivait vendredi ses consultations à ce sujet. Par ailleurs, près de quatre Israéliens sur cinq sont pour la dissolution du Parlement, réclamée par M. Netanyahu selon un sondage Gallup.
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