Les trois quarts de l’Europe ont été pollués et des millions de personnes irradiées, mais malgré l’ampleur reconnue de la catastrophe de Tchernobyl, le nombre de victimes fait toujours l’objet de débats. Selon un bilan soviétique de l’époque, l’explosion nucléaire du 26 avril 1986 n’aurait fait que 31 morts, dont 29 par irradiations aiguës. Une version à laquelle ne semble plus se rallier que le lobby pronucléaire international soucieux de minimiser les risques liés à l’atome. De son côté, Kiev faisait récemment état de 15 000 morts attribuables aux retombées de Tchernobyl. En outre, trois millions d’Ukrainiens, dont un million d’enfants, souffriraient à divers degrés de troubles liés à la catastrophe. «Les pays occidentaux dotés de centrales nucléaires tentent d’étouffer l’affaire pour ne pas faire peur à leur propre population», indiquait récemment un haut responsable du ministère ukrainien de la Santé. En retour, Kiev est accusé de gonfler les chiffres pour recevoir davantage d’aides internationales. Une certitude ressort néanmoins de cette bataille de chiffres : une épidémie de cancers de la glande thyroïde frappe les enfants, les adolescents et les jeunes adultes qui avaient moins de 18 ans lors du drame et vivaient dans les régions les plus contaminées d’Ukraine, de Bélarus et de Russie. Au total, près de 1 400 tumeurs ont été recensées entre 1986 et 1997, selon l’Institut de protection et de sûreté nucléaires (IPSN) – une organisation sous tutelle des ministères français de l’Environnement et de l’Industrie. Pour leur part, les Nations unies avançaient en janvier le chiffre de 11 000 cancers de la thyroïde. Cette maladie se soigne généralement bien par l’ablation de la glande atteinte. En outre, de nombreux chercheurs s’attendent à une poussée d’autres cancers dans les 25 ou 50 ans, en particulier des leucémies. Mais là encore, les estimations les plus variées sont avancées. Selon certaines études indépendantes, les cas de leucémies auraient déjà doublé parmi les «liquidateurs», ces 650 000 hommes et femmes venus dès 1986 des quatre coins de l’URSS pour décontaminer une zone de 30 kilomètres autour du réacteur accidenté. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) relève cependant qu’il est difficile de distinguer les tumeurs «radio-induites» des cancers «naturels», et souligne le manque de données fiables. D’autres pathologies intriguent les scientifiques. Les habitants des territoires contaminés, soumis à une irradiation continue, souffrent massivement de problèmes cardio-vasculaires, digestifs, sexuels et nerveux. Les troubles oculaires et des voies respiratoires sont aussi en forte hausse. Pour l’IPSN et l’AIEA, beaucoup de ces maladies sont psychosomatiques et ne peuvent pas être directement liées aux rayons. Enfin, un excès d’anomalies congénitales est «suspecté mais non confirmé», souligne l’IPSN.
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