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Actualités - Chronologie

SOCIAL - Comment survivre à Bangui Fonctionnaire et vendeur de beignets

Après avoir accumulé 28 mois d’arriérés de salaire, Rose, une enseignante centrafricaine de 46 ans, se retrouve comme de nombreux autres fonctionnaires à exercer des activités informelles pour gagner l’argent nécessaire à la survie de ses neuf enfants. «Je suis mère de famille et je ne peux pas laisser les enfants mourir de faim», explique Rose sur un ton jovial qui tranche singulièrement avec les conditions de vie difficiles auxquelles elle est confrontée quotidiennement. Rose enseigne depuis 1982 dans une école primaire de quartier pour un salaire mensuel de 66 000 francs CFA (moins de 100 dollars) par mois, mais l’accumulation des arriérés de salaires dans la fonction publique, à l’origine de l’actuelle grève des agents de l’État centrafricain, l’a amenée à chercher des revenus annexes. «Sous l’ancien régime (du président André Kolingba), nous avons eu 13 mois d’arriérés», précise-t-elle en ajoutant que 15 autres mois se sont accumulés depuis 1997, une année marquée par de sanglantes mutineries militaires. Sa dernière paye, correspondant au mois d’août 1999, remonte à la semaine dernière, soit quatre mois après le versement du salaire de juillet 1999. Incapable de subvenir aux besoins de sa «colonie», comme elle appelle avec humour sa famille, Rose s’est lancée dans la vente de beignets. Dès quatre heures du matin, elle se lève pour préparer les petits gâteaux, très prisés des Banguissois pour leur petit-déjeuner, qui seront vendus toute la journée par ses enfants pour quelques dizaines de francs CFA (quelques cents US). En attendant le FMI Mais c’est seulement après avoir fait le ménage que Rose pourra se rendre à l’école où elle assure normalement ses cours. Le soir, la mère de famille devra encore corriger les cahiers des élèves pendant plusieurs heures. Pourtant, la vente de beignets ne suffit pas à nourrir les onze personnes, en comptant le grand-père maternel, qui s’entassent dans sa «concession», une maison familiale construite en parpaing dans le quartier populaire «PK 5» de Bangui, à cinq kilomètres du centre-ville. Chaque week-end, Rose se rend donc à Sibut, une localité située à 150 km au nord de la capitale pour aller négocier avec des agriculteurs quelque bassines de manioc, une tubercule utilisée couramment dans l’alimentation locale. Elle revendra le précieux manioc pendant la semaine sur le pas de sa porte, aux abords d’une rue défoncée et poussiéreuse où s’amoncèlent ici et là des petits tas d’ordures. «Je suis le seul membre de la famille à avoir un travail, précise Rose, divorcée depuis plusieurs années. Heureusement, aucun de mes enfants n’est malade, sinon je ne sais pas comment je pourrais faire». Aide extérieure Si cette femme cache toutes ses difficultés derrière un sourire espiègle, elle ne peut s’empêcher de déplorer ses conditions de vie : «Regardez dans quoi je vis après tant d’années», lance Rose en montrant son salon, meublé de vieux fauteuils élimés et d’une commode en bois où trônent les photos en couleurs de ses fils. «C’est décourageant d’aller travailler tous les jours, reconnaît-elle, mais toute seule on ne peut rien faire». Affiliée à la principale centrale de la fonction publique, Rose suit à la lettre les mots d’ordre des dirigeants syndicaux. «Le gouvernement ne s’en sortira pas tout seul non plus», ajoute-t-elle en espérant «une aide de l’extérieur... du Fonds monétaire internationale ou de la Banque mondiale».
Après avoir accumulé 28 mois d’arriérés de salaire, Rose, une enseignante centrafricaine de 46 ans, se retrouve comme de nombreux autres fonctionnaires à exercer des activités informelles pour gagner l’argent nécessaire à la survie de ses neuf enfants. «Je suis mère de famille et je ne peux pas laisser les enfants mourir de faim», explique Rose sur un ton jovial qui tranche singulièrement avec les conditions de vie difficiles auxquelles elle est confrontée quotidiennement. Rose enseigne depuis 1982 dans une école primaire de quartier pour un salaire mensuel de 66 000 francs CFA (moins de 100 dollars) par mois, mais l’accumulation des arriérés de salaires dans la fonction publique, à l’origine de l’actuelle grève des agents de l’État centrafricain, l’a amenée à chercher des revenus annexes. «Sous...