En présentant sa démission, le Premier ministre israélien, Ehud Barak, a décidé de jouer son va-tout afin d’essayer de court-circuiter son grand rival Benjamin Netanyahu, mais aussi de prendre de vitesse une opposition croissante au sein de son propre Parti travailliste. M. Barak a eu beau présenter samedi soir sa décision comme étant purement motivée par sa volonté de préserver les chances d’un accord de paix avec les Palestiniens et de faire des élections un «véritable référendum sur la paix», la plupart des analystes lui prêtaient des desseins tactiques nettement moins nobles. «L’annonce de sa démission était une manœuvre politique évidente», affirmait ainsi Nahum Barnea, l’éditorialiste vedette du Yediot Aharonot, le plus grand quotidien israélien. Pour lui, comme pour la plupart des analystes israéliens, le Premier ministre, dos au mur en raison de la disparition en juillet de sa majorité parlementaire et de sa dégringolade dans les sondages depuis le début de l’intifada (révolte palestinienne), a eu recours à la seule tactique lui offrant une chance, même mince, de se maintenir au pouvoir en bloquant la candidature de M. Netanyahu. Depuis que la révolte palestinienne a éclaté, le 28 septembre, tous les sondages, sans exception, donnent M. Netanyahu comme le gagnant certain d’élections anticipées avec une avance oscillant entre 15 et 20 points sur M. Barak. Le plus récent, publié vendredi par le Yediot Aharonot, le crédite ainsi de 50 % des intentions de vote, contre 34 % à M. Barak, un écart qui traduit le fait qu’une majorité des Israéliens ont plus confiance en M. Netanyahu pour faire face à l’Intifada et au président palestinien Yasser Arafat. Avant le coup de théâtre qu’a constitué l’annonce surprise de sa démission, les Israéliens – la classe politique comme le grand public – se préparaient à des élections anticipées au printemps, sans doute en mai, après que la Knesset eut voté le 28 novembre en première lecture une proposition de loi sur sa dissolution. D’autant que M. Barak lui-même, confronté à l’inéluctable, s’était rallié à cette option. Le sentiment général était alors que M. Barak essaierait de retarder autant que possible ce scrutin dans l’espoir d’une reprise des négociations avec les Palestiniens afin de parvenir à un accord de paix considéré comme sa meilleure – voire sa seule – chance de se maintenir au pouvoir. La droite avait, au contraire, tout intérêt à ce que les élections aient lieu le plus tôt possible. C’est la raison pour laquelle sa décision surprise de démissionner, entraînant ainsi l’élection au poste de Premier ministre dans un délai de 60 jours, a sidéré tout le monde, dans la mesure où elle semble aller contre ses intérêts. «La nuit dernière, Barak a dit adieu (...) à toute chance d’une percée de dernière minute» dans le processus de paix «avant le 20 janvier», date du départ de la Maison-Blanche du président Bill Clinton, estimait ainsi l’éditorialiste du quotidien Maariv, Hemi Shalev. Par sa décision, M. Barak «réduit la période qui lui reste pour rattraper son retard» sur M. Netanyahu «de six mois à 60 jours», explique-t-il, affirmant que c’est un peu comme si un condamné à mort avançait la date prévue pour son exécution. Mais cette décision apparemment illogique s’explique si l’on sait qu’en démissionnant, M. Barak risque d’empêcher une candidature de M. Netanyahu. Bien que plébiscité dans les sondages, l’ancien Premier ministre de droite n’a, en effet, pas le droit dans l’état actuel de la législation de se présenter à l’élection pour le poste de chef de gouvernement, car il n’est plus membre de la Knesset. M. Barak s’est certes donné le beau rôle en assurant qu’il appuierait tout amendement à la loi électorale visant à changer cette disposition. Mais dans la pratique, le vote d’un tel texte, qui s’annonce long et très compliqué, est loin d’être certain. M. Barak a d’ailleurs fait d’une pierre deux coups, dans la mesure où cette accélération du calendrier électoral lui a permis de prendre de court l’opposition de plus en plus vocale de l’aile gauche travailliste, qui songeait à présenter un candidat contre lui à la direction du parti. Il a, en effet, été désigné, hier soir, comme le candidat officiel de son parti à l’élection au poste de Premier ministre.
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