En annonçant hier la reprise du troisième voyagiste britannique Thomas Cook, l’Allemand C+N Touristic (Condor+Neckermann) s’est hissé au deuxième rang européen du secteur, juste derrière son compatriote et grand rival Preussag. C+N prend ainsi une revanche dans le bras de fer qui l’oppose à l’échelle du vieux continent à Preussag (TUI), l’ancien sidérurgiste reconverti dans le tourisme. Les deux géants s’étaient affrontés au printemps autour du rachat du numéro un britannique Thomson Travel, finalement tombé dans la besace du second. L’acquisition marque aussi la fin de plusieurs mois d’incertitude sur le sort du voyagiste britannique, dont le réseau intégré (agence de voyages, bureaux de change activités hôtelières et aériennes) lui assure une notoriété mondiale. Cette opération s’inscrit enfin dans la logique d’un marché du tourisme en pleine concentration, où se constituent des pôles européens qui optimisent leurs coûts en étant présents dans l’ensemble de la chaîne touristique, de l’organisation de voyages à leur distribution, en passant par les compagnies aériennes et les chaînes d’hôtellerie. Pour un chèque de 550 millions de livres (890 millions d’euros), C+N va racheter les parts du groupe américain Carlson Companies, basé à Minneapolis, qui détient 22 % de Thomas Cook, ainsi que son option d’achat portant sur les 78 % restants qui appartiennent à Preussag et à la banque publique régionale allemande WestLB. Au Royaume-Uni, Thomas Cook possède entre autres 700 agences de voyages et 28 avions. Le groupe emploie quelque 20 000 personnes dans le monde. C+N emploie pour sa part 11 000 personnes. Après avoir racheté l’entreprise britannique, le groupe C+N réalisera un chiffre d’affaires de 7,67 milliards d’euros par an, avec un peu moins de 15 millions de clients. En 1999, il avait affiché un chiffre d’affaires de 4,65 mds d’euros. L’opération, approuvée mercredi par le conseil de surveillance de la compagnie aérienne Lufthansa, qui détient 50 % de C+N, doit encore l’être vendredi par celui du groupe de distribution KarstadtQuelle, qui détient l’autre moitié du capital du groupe touristique. Elle reste surtout soumise à l’approbation de la Commission européenne. C’est d’ailleurs Bruxelles qui est à l’origine, indirectement, de l’affaire. Fin juillet, Bruxelles avait enjoint Preussag et la WestLB (actionnaire de Preussag) de se séparer de leurs parts de respectivement 50,1 % et 27,9 % dans Thomas Cook, en raison de l’achat Thomson Travel. L’américain Carlson Companies aurait pu décider de prendre le contrôle total du numéro trois britannique, conformément à l’option d’achat qu’il avait conclue auprès de Preussag et de la WestLB. Mais il a renoncé. Outre leur passe d’armes sur le marché britannique, Preussag et C+N se sont également affrontés cette année sur le marché français. En juin dernier, C+N était parvenu, en faisant monter les enchères plus haut que ne le souhaitait Preussag, à prendre le contrôle du réseau d’agences de voyages de Havas Voyages. Preussag s’était vengé début octobre en annonçant un rapprochement avec Nouvelles Frontières, qui prévoit l’acquisition par étapes d’une minorité de blocage de 34 % du capital d’ici à 2002, avec une option pour une prise de contrôle après cette date. Beau joueur, un porte-parole de Preussag s’est toutefois félicité de l’annonce de la reprise de Thomas Cook par son concurrent. «Cela nous permettra de nous conformer aux injonctions de Bruxelles», a-t-il déclaré.
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