Qu’il s’agisse des émeutes dans les territoires palestiniens ou de l’enlèvement des trois soldats israéliens par le Hezbollah, le Premier ministre israélien Ehud Barak est poussé à la fermeté par son opinion publique. Cette double crise a eu l’effet d’une véritable onde de choc sur le public israélien, ce qui pourrait limiter la marge de manœuvre de M. Barak, dans la mesure où il ne peut ignorer le phénomène. Le Premier ministre a présidé dans la soirée d’hier, à Tel-Aviv, une réunion de son Cabinet pour évaluer la situation sur le terrain à l’expiration de l’ultimatum de deux jours qu’il a adressé samedi soir au président palestinien Yasser Arafat. «Les gens dans ce pays se disent : “Nous avons fait une offre intéressante (aux Palestiniens) et voilà ce qui se passe. Il faut être dur”» vis-à-vis d’eux, explique un analyste israélien, Barry Rubin, expert au Centre des études stratégiques de l’université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv. Il se réfère aux concessions envisagées par M. Barak lors du sommet de Camp David de juillet dernier. M. Arafat avait rejeté ces concessions, qui portaient notamment sur l’octroi aux Palestiniens d’une forme de souveraineté sur certains quartiers de Jérusalem-Est, une concession longtemps inconcevable pour la plupart des Israéliens. «Aujourd’hui, nous sommes tous de droite», a affirmé au quotidien Ma’ariv un député membre du Parti travailliste de M. Barak, Avraham Yehezkiel. «Tout se passe comme si le cercle de l’hostilité arabe» vis-à-vis d’Israël «n’avait jamais été brisé», écrivait dimanche l’éditorialiste vedette du Yediot Aharonot, le plus grand quotidien israélien, Nahum Barnea. «Israël est en train de découvrir une nouvelle réalité», renchérissait Yaakov Erez, rédacteur en chef de l’autre grand quotidien populaire, le Ma’ariv. «Parallèlement au processus de paix avec les Palestiniens, qui dure depuis sept ans, il est clair que leur haine à notre égard n’a pas diminué». Les images qui ont eu l’impact le plus énorme sur le public israélien sont celles de la mise à sac et de l’incendie du tombeau de Joseph – un lieu saint du judaïsme situé à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie – par des milliers de manifestants sans que la police palestinienne intervienne, en dépit des engagements pris par l’Autorité palestinienne. Cet incident avait été sévèrement condamné par le gouvernement israélien, pour lequel il constitue un réel embarras politique, puisqu’il apporte de l’eau au moulin de ceux, à droite, qui assurent qu’Israël ne peut faire confiance à M. Arafat et que tout accord de paix serait donc illusoire. C’est le même jour, véritable «samedi noir» pour Israël, que le Hezbollah a enlevé dans une zone frontalière trois soldats israéliens. Presque aussitôt, M. Barak répondait à ce double défi en lançant un avertissement au Hezbollah, au Liban et à la Syrie, et un ultimatum à M. Arafat lui donnant deux jours pour mettre fin aux violences dans les Territoires. La grande majorité des Israéliens pensent, comme M. Barak, que ces émeutes ont été orchestrées par M. Arafat et bon nombre estiment même que les forces de sécurité – critiquées à l’étranger pour un recours jugé excessif à la force – font preuve d’une trop grande retenue. Sur le plan politique, l’émoi suscité en Israël par la révolte palestinienne a d’ores et déjà réduit à néant toute possibilité que M. Barak, privé d’une majorité à la Knesset depuis juillet, puisse gouverner en s’appuyant sur les 10 députés arabes israéliens. À l’inverse, cette crise renforce les chances de formation d’un gouvernement d’union nationale avec la participation du Likoud (droite) d’Ariel Sharon, dont la visite sur l’Esplanade des mosquées, le 28 septembre, a déclenché les émeutes.
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