PARIS - De Mirèse AKAR «Doomed Dome» (Dôme maudit), «Disaster Dome»... Quant elle entonne le grand air du dénigrement ou veut se faire assassine, la presse de la perfide Albion est, reconnaissons-le, insurpassable. Mais le Dôme du Millénaire, implanté à Greenwich, dans le voisinage ô combien symbolique du méridien universel, méritait-il d’être à ce point vilipendé? Transfuge d’Euro Disneyland À environ cent jours de sa fermeture définitive, le grand patron du tourisme anglais, David Quarmby, a estimé qu’il y aurait plutôt lieu de le laver de tout opprobre, la seule vérité aujourd’hui bonne à dire de ce côté-ci de la manche étant qu’il a battu tous les records d’entrées payantes en Grande-Bretagne et figure au deuxième rang des attractions européennes, après Euro Disneyland qui, il n’est pas inutile de le rappeler, a nécessité cinq ans d’ajustements successifs pour une parfaite gestion de sa fréquentation européenne. C’est justement l’ancien vice-président de ce parc qui, après un long compagnonnage avec celle qu’il surnomme la vénérable souris de Marne-la-Vallée, a été appelé en février dernier au chevet d’un Dôme poursuivi par la vindicte d’une presse locale déchaînée. En huit mois, une économie de vingt millions de livres sterling a été réalisée, et l’entreprise est devenue non seulement viable, mais carrément rentable. Gestionnaire hors pair doublé d’un brillant causeur capable de mettre tous les sceptiques dans sa poche, «Pee Waï» (alias P.-Y., alias Pierre-Yves) nous a raconté l’autre soir son aventure de Français à la solde des Anglais dans les magnifiques salons de la résidence de Sir Michael Jay, ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris, non sans avoir malicieusement signalé en préambule que cette ancienne demeure de Pauline Borghese, la sœur de Napoléon, fut vendue au duc de Wellington. Mission accomplie S’il était à pied d’œuvre dix heures par jour, six jours sur sept à Euro Disneyland, il ne s’agissait là que d’une occupation à mi-temps en regad du travail de forçat qu’il accomplit depuis huit mois comme Chief Executive du Dôme. Avec pour double objectif de redresser la situation financière de celui-ci et de corriger sa déplorable image. Mission, selon toute apparence, accomplie. Selon un récent sondage – que, par une curieuse propension au masochisme, la BBC espérait, paraît-il, négatif – 87 % des Britanniques s’en déclarent satisfaits et 77 % estiment qu’il a été victime d’une couverture médiatique tendancieuse. Seulement voilà : s’il est un slogan à la mode qui puisse aujourd’hui le définir, c’est «No Future». Pour lui, le long terme, c’est un mois et le très long terme cent jours. «Pee Waï», qui sait manifestement compter, a également appris à compter à rebours et s’applique à réussir une paradoxale promotion de ce compte à rebours, l’enjeu consistant pour lui à atteindre d’ici la fin de l’année les six millions de visiteurs. Après quoi, devenu par la force des choses chômeur, il se plongera dans la lecture des petites annonces, prêt à considérer toute proposition intéressante. Pour peu qu’on soit doué, on attrape vite les mécanismes de l’humour anglais.
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