« Je crois beaucoup au travail d’équipe, à l’alternativité, à la dimension nouvelle qu’apporte la collaboration dans le domaine de la création », affirme d’emblée Sara Badr, graphiste de formation, devenue designer. Deux domaines assez proches, puisqu’il s’agit, en fin de compte, d’architecture en deux et trois dimensions. Son concept de base : « Créer un objet utile, qui ait cependant un côté ludique, qui dégage de la poésie, mais sans que ce ne soit un gadget. C’est comme cela qu’il pourra survivre au temps. » Deuxième credo : de la mobilité avant touche chose. « C’est-à-dire faire des objets faciles à déplacer, flexibles, qui puissent prendre plusieurs aspects alternativement ». À l’instar de ce lampadaire, en tôle, de forme cubique et à fenêtres, lesquelles permettent de doser l’intensité de la lumière. Ou de ces tables basses en tôle et plateau central en bois, qui se montent et se démontent au gré des envies décoratives. Et qui peuvent aussi bien se placer dans un intérieur que dans un jardin. On l’aura compris : en design, Sara Badr ne cherche ni le purement décoratif ni le purement fonctionnel, mais une certaine dimension esthético-utilitaire. Ses créations naissent d’ailleurs souvent de ses nécessités propres. « J’avais besoin d’une banquette chez moi, j’ai eu l’idée d’en dessiner une, en tôle, aux extrémités gauche et droite en forme de porte-revues ». Idem pour un fauteuil de lecture, au dossier se terminant par un plateau où l’on peut poser ses livres. Une pièce qu’elle a conçue et fait fabriquer en deux versions. La première à structure en acier et dossier en sangles de jute. La seconde, plus sophistiquée, en acier inoxydable et cuir. Ses idées, elle les soumet à ses amis-collaborateurs, les développe et les réalise avec leur concours. Avec Hhala Khoury, créatrice d’objets en textile, elle a élaboré une série de poufs, coussins, sets de table, sous-verre, sacs de voyages (étuis à linge sale, à chaussures, etc.) en tissu sérigraphié. « Au pif, c’est-à-dire que le motif vient un peu au hasard, ce qui fait que chaque pièce est unique », signale la jeune femme, dont l’un des violons d’Ingres est la peinture. Et plus précisément le graphisme appliqué sur les objets et les meubles. Tôle et bois laqué Avec Karim Begdache, un jeune architecte-designer, elle a conçu une ligne, baptisée arti-line.com, propre à la galerie de meubles et d’objets contemporains Artishow, dont elle est l’une des propriétaires-associés. Ensemble, ils jouent dans leurs créations sur le contraste des matières, rudes et sophistiquées, froides et chaleureuses. Tables basses, table de toilette, caissons, banc... Ils ont créé une petite collection de meubles en tôle et bois, brun ou rouge laqué. Mais aussi des accessoires et des objets divers, tels des tasses à thé orientales (en verre soufflé sur assiettes en moulage d’aluminium), des porte-encens, des porte-clés, ou encore des cendriers, innovateurs de par leur forme, en pot à fleur (en céramique émaillée ou peinte) renversé sur une assiette (de petite dimension bien sûr), qui retient les odeurs et épargne ainsi les non-fumeurs. « Au lieu d’être pénalisés par le manque de matériaux et de techniques industrielles au Liban, nous avons cherché à y trouver matière à challenge », affirme en conclusion cette jeune femme qui aime créer en duo. Z.Z. Carte de visite Après des études d’art graphique, à l’Efet, à Paris, suivies d’un poste de direction artistique à la Revue Noire (magazine français), Sara Badr retourne au Liban, au début des années quatre-vingt-dix, et elle collabore à la création de la maquette et du logo de Femme Magazine. Ensuite, elle fonde avec Hana Khalaf sa propre boîte de graphisme « One off » avant de se lancer également dans l’aventure d’Artishow, cet espace, de la rue Baroudy, à Achrafieh, où sont présentées essentiellement des créations de jeunes designers et stylistes libanais.
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