Sous le gui pour que l’année bascule sur un baiser. Et, à moins que le gui ne vous tombe sur la tête, ce baiser est la seule certitude, à la première page du nouveau calendrier. De quoi sera fait le reste ? Les jours, les mois, les saisons, comme d’habitude, porteront leur lot d’angoisses et de moments heureux, et leurs éclaircies radieuses au cœur de l’angoisse et leurs orages sournois au milieu des fous rires. Ainsi va la vie. Ainsi ira-t-elle, en 2003 comme au premier matin. Un baiser pour l’an neuf, parce que l’humanité est ainsi faite qu’elle n’a de bonheur que dans son lien à l’autre, de grandeur que dans le regard de l’autre, de réconfort que dans les bras de l’autre. Ce gui, arborescence absurde et parasite aux branches du chêne : toute notre fragilité qui se pose sur une épaule rendue plus forte par notre choix de l’aimer. Coquetterie, perlée de blancheurs opalescentes, qui de loin semble un nid, de près une floraison hivernale, le gui, inutile au chêne, et par quel mystère aimé de lui ? Les grands secrets ne couvrent au fond que des évidences toutes simples. Et les druides rampant aux branches, au petit matin, pour recueillir la plante poussant sur la plante au risque de leur vie, n’y cherchaient sans doute rien d’autre que cette révélation: l’homme est un terreau pour l’homme. À la nuit de la Saint-Sylvestre avec son nom de forêt, lorsque le temps finissant tombera à rebours dans le temps qui commence, lorsque pour quelques secondes se profileront les spectres des guerres qui s’annoncent et les très grandes misères du monde, et le peu de chose que nous sommes, au milieu des bulles et des cotillons qui chassent les noirceurs à grands bruits, dans l’éclat de la musique, de la lumière et des yeux, nous aurons des résolutions pour promesses; pour bonheur, celui que nous voudrons créer; pour certitude, sous le gui, ce baiser rituel d’un instant, gage d’éternité. Fifi ABOUDIB
Sous le gui pour que l’année bascule sur un baiser. Et, à moins que le gui ne vous tombe sur la tête, ce baiser est la seule certitude, à la première page du nouveau calendrier. De quoi sera fait le reste ? Les jours, les mois, les saisons, comme d’habitude, porteront leur lot d’angoisses et de moments heureux, et leurs éclaircies radieuses au cœur de l’angoisse et leurs orages sournois au milieu des fous rires. Ainsi va la vie. Ainsi ira-t-elle, en 2003 comme au premier matin. Un baiser pour l’an neuf, parce que l’humanité est ainsi faite qu’elle n’a de bonheur que dans son lien à l’autre, de grandeur que dans le regard de l’autre, de réconfort que dans les bras de l’autre. Ce gui, arborescence absurde et parasite aux branches du chêne : toute notre fragilité qui se pose sur une épaule rendue plus...
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