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Actualités - Reportage

Outre-mer...Makram Hamdan, songe d’une nuit d’été

Il est revenu à Bater, le village de ses grands-parents, en juin passé, pour y exorciser son songe d’une nuit d’été. Le chemin qu’il a emprunté des USA au Chouf, en passant par l’Europe, a connu de nombreuses escales, des chorégraphies qui lui collent encore à la peau. La nuit fut magique, comme Makram Hamdan l’est. Au lever du jour, il avait déjà disparu. Trois petites pirouettes, une courte révérence et le voilà envolé. Comme un songe ! Makram Hamdan est entré dans la danse à l’âge de six ans. La danse classique, car sa mère, américaine, voulait que ses enfants «goûtent à tout», la natation, le ski, la gymnastique et, pourquoi pas, la danse. « Je suis le seul des frères à être resté. Six mois. J’ai aimé tout de suite et oublié tout de suite », précise-t-il, un irrésistible sourire perdu dans un visage d’ange. « Voyez comme on danse », lui aurait-on dit, à 17, flairant en lui un talent à épanouir. Il ira voir comment les rats des planches apprennent à danser, une bourse dans les ailes, des fourmis aux pointes de ses ballerines ; Makram fréquentera assidûment le Alvin Ailey American Dance Institute Center, à New York, l’American Dance Theater School ou encore le London Contemporary Dance School. Boulimique, impatient, il ne perdra pas un jour, pas un mois, l’été, l’hiver, huit heures par jour, cinq jours sur sept, danse classique ou moderne, les États-Unis ou l’Europe, il enchaîne cours et stages. Il s’explique : « Je voulais aborder ma carrière le plus vite possible, découvrir la danse à plusieurs niveaux, apprendre des techniques polyvalentes, faire beaucoup de progrès en peu de temps. » Tout en parlant, Makram balance un pied, puis l’autre, comme s’il battait la cadence avec ses mots, comme si, son impatience grandissant, il lui fallait faire parler son corps, après ses mains, le cou tendu, le dos cambré ; un spectacle, déjà. « En 1990, et après avoir décroché mon diplôme du California Institute of the Arts, je me suis installé à New York pensant y vivre. Mais dans le monde réel, je n’étais pas heureux du tout là-bas. » Le jeune danseur s’élance d’un bond vers l’Europe et intègre la troupe de Andy Degroat. « Il m’a mis dans de grands rôles comme “Le Lac des cygnes”, “Anacréon”, “Aïda” ou encore “Le Casse-Noisettes”.» Mais la phrase qui revient souvent sur les lèvres de Makram est : « J’avais faim d’autre chose. » Il part alors se rassasier auprès de Jean-Claude Galotta, se produisant avec sa troupe dans le monde entier et enseignant au Conservatoire de danse de Grenoble. « Après toutes ces années passées à danser comme un fou, j’ai rencontré Bob Wilson qui m’a enfin proposé de travailler avec lui. » Le grand Bob lui apprendra surtout à « bouger sur scène de manière minimaliste, imposer une présence en tant que danseur. Le danseur, précise-t-il enfin, sait saisir le moment, créer, une harmonie assez logique. » Les chorégraphies et danses auxquelles participe Makram sous l’impulsion de Wilson sont nombreuses, citons : The Days Before Death, Destruction and Detroit III ou encore Prometheus. «Wilson est pour moi un mentor qui m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses en dehors de la danse. Pour quelqu’un qui veut devenir chorégraphe, c’est important. » Makram, qui veut devenir également chorégraphe, signera ainsi sa première mise en scène avec Pleure j’ai soif présentée au Centre culturel français de Beyrouth en 1998. « C’est alors que j’ai commencé à revenir au Liban. » Cette première chorégraphie sera suivie par Anamatic, qui fut jouée à Grenoble, Back Yard 2001 représentée dans le cadre du Philadelphia Frinj Festival, Aïda en Belgique et, enfin, le Bater Dance Project, son retour aux sources. « Le spectacle était inattendu et magnifique à la fois. C’est le public qui a guidé et nous, les danseurs qui étions à leur écoute. Je ne voulais pas laisser tomber ce regard. » De retour à sa vie réelle aux USA, et après avoir animé des ateliers au Liban avec Shams, Makram va poursuivre son travail sur un duo qu’il a créé, Backyard, inspiré des toiles de Francis Bacon. « Quand on danse, on vole, c’est un état d’esprit incomparable. Quand le danseur dépasse la douleur et la fatigue du travail pour devenir techniquement apte, la joie qu’il éprouve est très personnelle. » L’image de Makram, qu’on ne peut quitter des yeux, devient plus floue, tout comme les personnages de Bacon, pressés de repartir vers de nouvelles libertés. « Je reviens en mars créer différents ateliers de danse. En ce moment, les gens ont soif de danse contemporaine, il y a un vrai désir. » Et son désir personnel? « Je suis quelqu’un qui observe, ramasse, continue. Mon rêve ? Danser, par instinct. » Puis il s’efface, laissant place à un nouveau songe. Carla HENOUD
Il est revenu à Bater, le village de ses grands-parents, en juin passé, pour y exorciser son songe d’une nuit d’été. Le chemin qu’il a emprunté des USA au Chouf, en passant par l’Europe, a connu de nombreuses escales, des chorégraphies qui lui collent encore à la peau. La nuit fut magique, comme Makram Hamdan l’est. Au lever du jour, il avait déjà disparu. Trois petites pirouettes, une courte révérence et le voilà envolé. Comme un songe ! Makram Hamdan est entré dans la danse à l’âge de six ans. La danse classique, car sa mère, américaine, voulait que ses enfants «goûtent à tout», la natation, le ski, la gymnastique et, pourquoi pas, la danse. « Je suis le seul des frères à être resté. Six mois. J’ai aimé tout de suite et oublié tout de suite », précise-t-il, un irrésistible sourire perdu...