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Actualités - Opinion

Impression Les pantoufles de Jacob

Parmi les multiples grigris de Noël, les étoiles, les clochettes, les angelots, les sucres d’orge, il en est un qui fait figure de sympathique intrus : la chaussette. Ça vous laisse rêveur, cette chaussette. Et le glissement, des petits souliers vers la chaussette. Si c’est parce que les petits souliers sont trop petits pour les trop grandes surprises, le bas de laine n’est guère plus grand. Mais le bas de laine... Sa connotation de chaleur cumulée depuis les tontes du printemps, de patience, maille après maille à chaque fois inversée, et dans chaque maille le visage qui va avec le pied qui ira avec la chaussette ! Et cette idée d’économie, de tout ce qu’on y gardera pour après... après quoi ? D’ailleurs, cette chaussette-là ne s’adresse à aucun pied. La chaussette de Noël, c’est littéralement pour le pied du lit, ou le pied de l’âtre. Iront-ils marcher, fantômes bienfaisants, dans cette nuit de Noël à laquelle on prête tous les prodiges ? Iront-ils se charger tous seuls de tous les trésors attendus par les petits pieds endormis ? Le petit matin les trouvera au clou, dégorgeant les objets qui traversent toute vie, d’abord nécessaires, eux ou rien, enfin cristallisés dans la matière après avoir longtemps séjourné dans un rêve. Et puis encombrants, envahissants, narguant le temps qui passe de leur immobilité de choses, ébréchés, avachis, mais toujours là, formant pernicieusement leurs monticules, occupant petit à petit les derniers espaces vides, les dernières plages de liberté, alourdissant un peu plus de leur présence vaine les boulets qui croient vous rattacher aux lieux. Peu d’entre eux retiendront la joie promise à moins que, par une de ses grâces, la vie leur octroie une coïncidence avec un être aimé ou un moment heureux. Que serait sinon le supplément d’âme ? Dans La chambre de Jacob, avec son génie de la description par touches suggestives, Virginia Woolf raconte la vie d’un jeune homme disparu, évoquant les, pantoufles au pied de son lit, qui gardent encore l’empreinte de ses orteils, expriment le poids de son corps, laissent deviner sa démarche. Dans tout ce qui se porte aux pieds, il y a toute la fragilité de l’humain, sa plante rendue encore plus vulnérable par une forme de progrès qui a rongé ses cals et ralenti son pas. Il y a son destin debout, son destin en marche. Que Noël y ajoute quelques confiseries n’y change pas grand-chose. Le plus précieux dans le bas de laine comme dans le petit soulier, c’est au fond le chemin que l’on prend, une fois qu’on est dedans. Fifi ABOUDIB
Parmi les multiples grigris de Noël, les étoiles, les clochettes, les angelots, les sucres d’orge, il en est un qui fait figure de sympathique intrus : la chaussette. Ça vous laisse rêveur, cette chaussette. Et le glissement, des petits souliers vers la chaussette. Si c’est parce que les petits souliers sont trop petits pour les trop grandes surprises, le bas de laine n’est guère plus grand. Mais le bas de laine... Sa connotation de chaleur cumulée depuis les tontes du printemps, de patience, maille après maille à chaque fois inversée, et dans chaque maille le visage qui va avec le pied qui ira avec la chaussette ! Et cette idée d’économie, de tout ce qu’on y gardera pour après... après quoi ? D’ailleurs, cette chaussette-là ne s’adresse à aucun pied. La chaussette de Noël, c’est littéralement pour le...