Les campagnes de prévention contre la drogue sont de plus en plus communes dans les écoles, mais elles ne touchent plus seulement les jeunes. En témoigne, ce débat organisé par L’Athénée de Beyrouth pour les parents de ses élèves, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation menée en coopération avec l’association Oum el-Nour, qui travaille dans la prévention et vient en aide aux toxicomanes désirant se défaire de leur dépendance à la drogue. Un débat qui illustre bien la soif de réponses des parents, inquiétés à juste titre par la montée de la consommation de drogue parmi les adolescents, indiquée dans les quelques éléments de statistiques nationales dont on dispose. Mais les réponses à un problème aussi complexe ne sont pas toujours évidentes, comme l’ont assuré les spécialistes. La lutte contre la drogue est un processus long et les facteurs qui poussent un jeune à se droguer sont divers, d’où le fait que personne ne peut se considérer d’emblée à l’abri. Nady Sfeir, éducateur et responsable du département de prévention à Oum el-Nour, qui a mené le débat aux côtés du psychologue de l’école, David Sahioun, affirme que « le sujet de la drogue est de moins en moins tabou ». « On nous demande d’intervenir dans des débats scolaires de plus en plus souvent, poursuit-il. Les débats sont généralement destinés aux enfants, mais certains établissements, comme L’Athénée de Beyrouth, ouvrent également le dialogue avec les parents. » Selon lui, la consommation de drogue connaît une montée inquiétante au Liban, même si on se drogue encore moins qu’ailleurs. « Dans notre association qui a treize ans d’âge, nous avons accueilli autant de cas depuis l’an 2000 que durant l’ensemble des années passées, indique-t-il. Bien sûr, cela est dû à plus d’un facteur, mais ça demeure significatif. » Autre donnée inquiétante : le passage des drogues douces aux drogues dures devient de plus en plus rapide. L’âge de la première consommation est aussi de plus en plus jeune. Quel impact peut avoir un dialogue avec les parents ? « Il ne suffit pas en lui-même, mais il faut bien commencer quelque part, souligne M. Sfeir. Pour être efficace, la prévention doit se prolonger dans le temps. Nous espérons que ce genre de débats soit le point de départ d’une action ultérieure, un regroupement des parents pour la lutte contre la drogue, par exemple. » Tout adolescent est exposé Comme on pouvait s’y attendre, le débat s’est longtemps attardé sur le rôle des parents – qui restent les interlocuteurs privilégiés – dans la prévention et l’accompagnement des jeunes. Un dialogue instauré avec l’enfant dès le plus jeune âge peut lui fournir les armes nécessaires pour ne pas tomber dans la toxicomanie, malgré l’influence de certains amis et l’impulsion de la curiosité. Mais il n’y a pas de garanties : quels que soient son milieu, sa famille ou sa personnalité, l’adolescent reste exposé. L’accent a été mis sur l’image que les jeunes ont de la drogue, qui reste le mythe de ceux qui transgressent la loi, avec une promesse d’émotions fortes. De ce fait, la seule mise en garde ne suffit pas, parce que les jeunes se croient souvent invulnérables. Les campagnes de sensibilisation restent essentielles auprès des jeunes, parce qu’elles corrigent les notions incorrectes qu’ils pourraient avoir de la drogue, comme l’ont constaté les éducateurs. Mais il y a deux écueils à éviter dans la sensibilisation : la banalisation et la dramatisation (qui ne convainc pas l’adolescent parce qu’il ne s’identifie pas à un toxicomane en fin de parcours, se disant que « cela ne m’arrivera pas »). Il s’agit de travailler avec les jeunes sur le fond du problème, leur proposer des activités qui leur permettent de s’épanouir, leur donner des outils qui les aident à se réaliser sans avoir recours à la drogue. Comment reconnaître un adolescent qui commence à se droguer, et agir avant qu’il ne devienne réellement toxicomane ? Sans trop se fier aux signes physiques qui peuvent être cachés pendant longtemps, il vaut mieux faire attention aux changements de comportements : s’il sort trop, dépense plus qu’il n’en a l’habitude, a des relations douteuses, dort durant des journées entières… Lui couper l’argent de poche n’est pas la solution idéale. En fait, il n’y a pas de recette, comme l’ont indiqué les spécialistes. Il s’agit d’un long apprentissage, un accompagnement de l’adolescent, en thérapie s’il le faut. Sur cent personnes qui consomment du cannabis, il est estimé que 20% développent une vraie dépendance et empruntent la voie des drogues dures. Une première consommation est donc, dans tous les cas, un risque… S.B.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les campagnes de prévention contre la drogue sont de plus en plus communes dans les écoles, mais elles ne touchent plus seulement les jeunes. En témoigne, ce débat organisé par L’Athénée de Beyrouth pour les parents de ses élèves, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation menée en coopération avec l’association Oum el-Nour, qui travaille dans la prévention et vient en aide aux toxicomanes désirant se défaire de leur dépendance à la drogue. Un débat qui illustre bien la soif de réponses des parents, inquiétés à juste titre par la montée de la consommation de drogue parmi les adolescents, indiquée dans les quelques éléments de statistiques nationales dont on dispose. Mais les réponses à un problème aussi complexe ne sont pas toujours évidentes, comme l’ont assuré les spécialistes. La lutte...