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PEINTURE Le vrai, l’unique et multiple Francis Picabia

« Il faut être beaucoup de choses ». Pour avoir suivi le précepte à la lettre, Francis Picabia (1879-1953), multiple et inclassable, aura été constamment mal étiqueté, ce que répare aujourd’hui le Musée d’art moderne de la ville de Paris. Jusqu’au 16 mars, l’exposition « Francis Picabia, Singulier idéal » effectue la synthèse de son œuvre, jusqu’ici lue de façon fragmentaire et élective sur telle ou telle période mais jamais dans son entier. « L’idée m’est venue, il y a environ 4 ans, de sortir le personnage des méprises et de restituer un artiste d’une vraie densité, pas seulement enfermé dans Dada », explique Suzanne Pagé, commissaire de l’exposition avec Gérard Audinet. Le résultat est spectaculaire. Près de 200 œuvres, provenant de musées et collections françaises et étrangères, retracent Picabia peintre, mais aussi poète, pamphlétaire, éditeur de revues (391, Cannibale...) et scénariste. « “ Singulier idéal ” est le titre d’un poème paru dans la revue “391”, commente Suzanne Pagé. Je trouve que la notion de singularité, comme la notion de pluralité correspondent bien à un Picabia, qui n’a jamais cherché à faire qu’une peinture Picabia. » « Dada, il l’a été, mais continûment, avant, pendant et après, sans jamais vouloir être dans le dadaïsme. Parce qu’il rejetait tout ce qui n’était pas de l’ordre du surgissement, de façon à être toujours libre, toujours repenser le rapport à son enjeu, la peinture. » Le parcours chronologique de l’exposition, en neuf séquences, permet de mieux suivre les à-coups de cet artiste qui se dérobe dès qu’on tente de l’affubler d’un « isme », impressionnisme, cubisme, dadaïsme, surréalisme. Picabia, amateur d’aventures et excès en tout genre, avance dans la peinture, comme il avance dans la vie : à toute allure, hanté par le besoin de son propre surpassement. Dans les années 1905-1907, Picabia peint « à la manière » des impressionnistes (Effets de soleil sur les bords de l’Yonne), puis vers 1909 emprunte au fauvisme (Adam et Ève). Mais déjà, son « cubisme » trouve sa propre mouvance dans des œuvres qualifiées d’ « orphiques » par Apollinaire (Danses à la source, Udnie) recherchant la synthèse des impressions sensibles et du souvenir. Seul artiste à avoir pu se rendre à New York pour l’Armory Show en 1913, Picabia y retourne deux ans plus tard et change radicalement son vocabulaire, empruntant au dessin industriel sa précision technique, réduisant la distance qui sépare l’objet d’art du produit manufacturé, comme dans son Très rare tableau sur la terre de 1915. C’est l’époque des « mécanismes » et de leurs métaphores sexuelles (Machine, tournez vite), suivis des manifestations Dada, avec Tristan Tzara en 1920. Un an plus tard, Picabia rompt pourtant avec le mouvement Dada. Installé à Mougins, il entreprend la série des Monstres, vision acide de la société qui l’entoure, avant de passer aux Espagnoles, puis aux Transparences (1927-28), références allant de la sculpture antique à l’art catalan. À partir de 1935, Picabia alterne des toiles au réalisme austère, tels le Clown Fratellini et des œuvres plus abstraites. Avec les Nus, inspirés des photographies de revues légères, il manifeste la problématique entre la photographie et la peinture. Avec la série des Points s’achève l’exposition, mais, ultime pirouette picabienne, c’est La Terre est ronde, femme faisant le pont, qui salue le visiteur.
« Il faut être beaucoup de choses ». Pour avoir suivi le précepte à la lettre, Francis Picabia (1879-1953), multiple et inclassable, aura été constamment mal étiqueté, ce que répare aujourd’hui le Musée d’art moderne de la ville de Paris. Jusqu’au 16 mars, l’exposition « Francis Picabia, Singulier idéal » effectue la synthèse de son œuvre, jusqu’ici lue de façon fragmentaire et élective sur telle ou telle période mais jamais dans son entier. « L’idée m’est venue, il y a environ 4 ans, de sortir le personnage des méprises et de restituer un artiste d’une vraie densité, pas seulement enfermé dans Dada », explique Suzanne Pagé, commissaire de l’exposition avec Gérard Audinet. Le résultat est spectaculaire. Près de 200 œuvres, provenant de musées et collections françaises et étrangères,...