Mondial 98, Euro 2000, Mondial 2002, Thierry Henry a vécu toutes les campagnes récentes de l’équipe de France de football, et malgré ses 25 ans, c’est déjà avec un œil d’ancien qu’il observe l’arrivée massive de « petits nouveaux » en sélection. « Certains ont arrêté leur carrière internationale, d’autres ont été blessés, ce n’est donc pas surprenant qu’il y ait de nouvelles têtes, et ce n’est pas plus mal », explique l’attaquant d’Arsenal, présent à Clairefontaine à la veille du match amical contre la Yougoslavie au Stade de France. « Mais il y a encore pas mal de champions d’Europe dans le groupe, on ne peut pas dire que c’est une nouvelle histoire qui commence ». Le discours et l’attitude sont maîtrisés, presque formatés, à mille lieues de l’enthousiasme rigolard d’un William Gallas ou de la timidité souriante d’un Sidney Govou, deux des bénéficiaires du rajeunissement initié par Jacques Santini après le fiasco du Mondial. Car Henry (41 capes, 14 buts) est présent en sélection depuis le 11 octobre 1997, contre l’Afrique du Sud (2-1). Oubliée l’image du « Titi » chien fou version Mondial 98, l’attaquant fait depuis longtemps partie des meubles. Certains, comme Emmanuel Petit, estiment « qu’on est allé vite en besogne » pour recomposer le groupe après la campagne asiatique. Henry, lui, n’a pas ces états d’âme. « Je ne pense pas qu’une concurrence, saine, soit mauvaise, affirme-t-il sans ciller. Le plus important, c’est l’évolution de l’équipe. On est là pour quoi ? Je ne suis pas là pour moi, Thierry Henry, mais pour l’équipe de France, sinon j’irais jouer tout seul contre un mur. » Henry se contenant de jouer seul contre un mur, voilà qui ravirait sûrement les défenseurs de Tottenham, contre qui il a inscrit un but merveilleux samedi en championnat d’Angleterre, après avoir remonté tout le terrain. « Dans l’axe » « Au début, je voulais juste garder la balle, raconte-t-il, sourire en coin. Je suis parti avec l’intention d’aller le plus loin possible. Finalement, je suis arrivé devant la surface, j’ai feinté la frappe une fois, puis deux, et j’ai marqué du gauche au ras du poteau. » Son but a renforcé un peu plus sa popularité du côté d’Highbury, où les supporteurs l’adorent. Justement, quand on lui demande s’il juge son statut en sélection à la hauteur de celui qu’il occupe à Arsenal, la réponse fuse : « Oui... quand je joue dans l’axe. » Le thème est récurrent. Depuis que l’entraîneur d’Arsenal, Arsène Wenger, l’a repositionné dans l’axe au lieu du côté gauche, Henry martèle que c’est sa position préférée. Cela avait provoqué quelques tiraillements sous l’ère Lemerre, et même si Jacques Santini ne l’a pas aligné côté gauche, a fortiori avec la blessure de David Trezeguet, Henry préfère prendre les devants. « Je l’ai toujours dit : sur le côté, je ne peux pas apporter ce que j’apporte dans l’axe. Mais c’est le coach qui décide. » Contre la Yougoslavie, il devrait être titulaire à son poste favori en dépit de la douleur à une cuisse qu’il a ressentie ces derniers jours, et sous les yeux des « petits nouveaux ». Des nouveaux dont Henry ne se sent finalement pas si différent, malgré son expérience, malgré son palmarès : « Je suis encore proche de cette génération-là. »
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