Pendant très longtemps, il n’était de mode que Paris... Si la Ville Lumière reste toujours l’épicentre des diktats et des vogues, d’autres cités émergent pour revendiquer leur place au soleil de la création. Aux quatre coins du monde, l’habit inspire des formes, des mélanges, des nouvelles interprétations, des créations inédites. Si le chic, ou plutôt «un certain chic», reste l’apanage de la capitale française et de quelques villes satellites, des «places fortes» émergent pour diversifier, enrichir et stimuler le secteur. Il en est ainsi d’Anvers, en Belgique. Le 21 septembre passé, la Mode Natie occupait 9500 m2 pour promouvoir la créativité belge dans tous les domaines. «Madame Figaro» consacra une dizaine de pages, dans son «Spécial mode», consacrées à cet événement, précisant «qu’il confirme Anvers dans son statut de place forte de la mode». Depuis quelque temps, certains noms revenaient souvent dans les évaluations des nouvelles créations: Martin Margiela, Anne Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Dick Bikkenbergs. Dans leur pays, la Belgique, on les appelait «la bande des cinq» et ils représentaient «le nouveau regard». Innovation, révision, peur de rien... Ils s’affirmaient par une création innovatrice, «hors frontières» et goûts connus... Lorsque Linda Loppa, issue d’une famille de tailleurs réputés, elle-même issue de l’Académie des beaux-arts de Belgique, prend la direction du département mode de cette académie, une nouvelle ère commence pour eux comme pour tous les créateurs du Plat pays. La mode gagne de la place, de l’intérêt, de l’envergure. La créativité est stimulée. Un des résultats est «la déferlante anversoise»... L’Institut de mode de Flandre (FFI) aura pour but de promouvoir la mode belge. La vitalité de tout un groupe de créateurs zélés s’occupera du reste. Une collection réalisée par les étudiants de la quatrième année d’études se présente à des professionnels... Elle marquera l’entrée en beauté de la Belgique dans le cercle si fermé des pays créateurs de mode... La mode Natie (Maison de la mode) devient une institution dont la vocation est de promouvoir la mode en tant qu’art. Une haute référence en matière de savoir, de technique et de goût... Mode Américaine Le chic new-yorkais Tenues «bon genre», audaces maîtrisées, robes à bustier pour le soir. Un air Grace Kelly, en manteau-redingote. La mode américaine cultive, même dans ces audaces, un certain air nostalgique, un peu rétro et résolument conventionnel. On dirait qu’on joue toujours un rôle lorsqu’on emprunte à la mode USA quelque trouvaille ou idée vestimentaire: jupe au genou, manteaux cintrés, souliers. Même les audaces perdent de leur mordant une fois adoptées par la rue américaine. Le célèbre couturier Paul Poiret avouait à ce propos, en 1913, lors de son premier voyage à New York: «Je ne savais pas bien ce que j’allais faire là-bas. Mais j’avais envie de connaître cette nation qui me paraissait nerveuse, énergique, en perpétuelle gestation. Même si les femmes sont habillées comme un troupeau de pensionnaires, comme un orphelinat, en uniforme». Un siècle presque nous sépare de cette sévère évaluation. Les goûts, grâce entre autres au cinéma, ont beaucoup changé depuis... Le style et les modes ont évolué. Mais il subsiste toujours un air, un «je ne sais quoi», qui fait que la styliste française Christiane Selle réalise 13 millions de dollars de chiffres d’affaires dans les treize boutiques de prêt-à-porter français, installées à New York, Palm Beach, Boston et Southamton. La touche française est loin de perdre son aura. À l’écoute des consommateurs Des créateurs et des gens du métier installés aux États-Unis (Boston et New York) expliquent que la conception du marché de la mode est totalement différente de l’Europe. Aux États-Unis, on écoute bien plus les créateurs que les «consommatrices». Preuve éloquente: les Trunk-Shows. Au cours des réceptions promotionnelles organisées par les grands magasins pour présenter à leurs clientes leurs gammes et leurs acquis, c’est essentiellement leurs réactions et leurs remarques qui sont prises en considération. Leurs commentaires deviennent des indicatifs, orientant les commandes, afin de répondre au plus près possible à leurs préférences. Ce qui n’est nullement le cas en Europe ou au Liban, où le public suit avec ferveur des vogues dictées de dehors... Pour illustrer ces faits, on peut citer une nouvelle coutume récente, établie aux États-Unis par Frédéric Fekkai: ce créateur a instauré les premières consultations gratuites où sont recueillis les souhaits et les préférences des clients mais aussi leurs réserves et leurs critiques. «On ne réussit pas les mains dans les poches et les oreilles bouchées», explique un jeune homme d’affaires français à l’écoute des diktats du nouveau monde. Un autre exemple à citer serait celui de Catherine Malandrino, une Française installée aux États-Unis. Dessinatrice, elle s’est spécialisée dans la création de vêtements pour «femmes au pouvoir». «Ces “Powerful Women”, expliquait-elle récemment à des rédactrices françaises, recherchent à la fois un style souple, une certaine originalité, une silhouette sans raideur.» Ses premiers modèles étaient des tricots-main, exécutés chez elle, dans une pièce de son appartement... Aujourd’hui elle compte parmi «ses consultantes» Julia Roberts et Sharon Stone. Ses collections «maille» sont non seulement les chevaux de bataille des grands magasins du pays, y compris Los Angeles, Washington, Chicago et bien d’autres grandes villes, mais aussi des boutiques où sont proposées des créations pour happy few, arrivant difficilement à répondre au volume de la demande... «Commençant mon aventure américaine en tant que maquilleur, avouera un autre Français, François Nars, héros lui aussi d’une «success story, j’ai pu en quelques années, dix ans pour plus de précision, créer ma propre ligne de maquillage et avoir accès à “American Vogue” et “Harper’s Bazaar”.» Une collection de rouge à lèvres, présentée dans un conditionnement en gomme, fut pour lui la miraculeuse clef ouvrant toutes les portes de la réussite à l’américaine...
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