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Actualités - Opinion

IMPRESSION Cerfs-volants

Brumaire, Frimaire, et notre mer doucement étale. Novembre a bien grêlé pour montrer ce qu’il peut. Mais il n’a encore que sa petite brise, douce à la peau, et quelques peluches de coton hydrophile collées au bleu du ciel comme pour le dégrimer. Aux plages les cerfs-volants, petites âmes colorées qui dodelinent et serpentent et s’étirent,et tendent la nuque aux derniers baisers du soleil. D’où vient que le vent s’éprenne de tout ce papier, lui révèle sa trajectoire et lui dicte sa volonté ineffable ? Car bien sûr, au bout du fil, une conversation. Elle secoue la bête si légère de frissons froissés. Lui prend la tête, l’ébouriffe, lui frotte le nez, caresse Inuit, car le froid guette même s’il ne se montre pas. Dans le clapotis des vagues, leur chant d’amour fait le bruit d’un bonbon qu’on dépiaute. Ailleurs, de l’autre côté de la Terre, là où naissent les cerfs-volants, on les gribouille de peines, on leur grave l’échine des maux de vivre, à charge pour eux de les porter au loin. Entre le pouce et l’index, le bout du bout de la ficelle s’échappe comme un pincement qui se détend. Le vent se charge du reste. Dans un ballet châtoyant, les mots du désespoir vont rincer aux brumes leur noirceur. Pieds nus dans le sable chaud on les regarde partir. C’est qu’il en fallut du temps pour croiser les branches, équilibrer l’appareil, le dépouiller, le réduire à sa peau de papier, et puis trouver le mot de sa douleur pour enfin le tracer à l’aile du dragon, au flanc du papillon... Rien que dans l’échafaudage, rien que dans l’ébauche de l’idée, une joie confuse prenait déjà sa place. À l’heure de l’envol, au spectacle radieux de tous les chagrins débridés, de cette semence inféconde jaillie du plus obscur des âmes et jetée sur le dos du vent, il reste cette merveille : que les mots vivent, et qu’ils meurent d’avoir vécu. Qu’ils vous dévorent mais qu’un souffle les emporte. Qu’ils vous enferment et vous serrent les dents, mais tracés sur la peau de l’aimé, ils vous libèrent, cerfs-volants. Fifi ABOUDIB
Brumaire, Frimaire, et notre mer doucement étale. Novembre a bien grêlé pour montrer ce qu’il peut. Mais il n’a encore que sa petite brise, douce à la peau, et quelques peluches de coton hydrophile collées au bleu du ciel comme pour le dégrimer. Aux plages les cerfs-volants, petites âmes colorées qui dodelinent et serpentent et s’étirent,et tendent la nuque aux derniers baisers du soleil. D’où vient que le vent s’éprenne de tout ce papier, lui révèle sa trajectoire et lui dicte sa volonté ineffable ? Car bien sûr, au bout du fil, une conversation. Elle secoue la bête si légère de frissons froissés. Lui prend la tête, l’ébouriffe, lui frotte le nez, caresse Inuit, car le froid guette même s’il ne se montre pas. Dans le clapotis des vagues, leur chant d’amour fait le bruit d’un bonbon qu’on...