Le deuxième colloque organisé par la Société libanaise de psychanalyse (SLP) entamera ses travaux aujourd’hui samedi. Cet événement qui se tiendra jusqu’à demain dimanche, au Collège Louise Wegmann, rue du Musée, traitera du thème « psychanalyse et modernité ». Ainsi au cours du colloque, qui rassemblera nombre de spécialistes libanais et étrangers, plusieurs sujets seront débattus notamment l’abus de la médicalisation, le clonage et l’adolescence miroir d’une société en crise. Née en 1981, la Société libanaise de psychanalyse regroupe actuellement 25 analystes. C’est la seule instance du genre dans tous les pays du monde arabe. Elle a pour but, entre autres, de former les jeunes psychanalystes au métier. Elle regroupe des spécialistes freudiens et freudolacaniers, et elle reste la seule à garantir au public la compétence des analystes qui en sont membres. Membre du comité administratif de la Société libanaise de psychanalyse, Chawki Azouri, qui interviendra à plusieurs reprises durant le week-end, souligne, à L’Orient-Le Jour, que « le colloque ouvert au public permet aux analystes de débattre entre eux ». Il souligne également l’importance de ce public qui joue le rôle de témoin et de censeur, capable de tout remettre en cause. Évoquant le thème du colloque, l’analyste s’insurge contre « l’abus de la médicalisation » et « les dérives des neurosciences ». Il cite les romantiques, qui ont fait l’apologie de la souffrance avant la naissance du père de la psychanalyse, et relève : « Je souffre donc j’assume. » Dans un monde qui cherche de plus en plus des solutions de facilité, la souffrance demeure donc bénéfique. Et il faut que les hommes se méfient de leur quête du parfait. Le clonage donc ne devrait être utilisé qu’à des fins thérapeutiques. Loin d’un quelconque eugénisme, les déficiences physiques ou mentales ainsi que la mort devraient être acceptées. L’analyste met également en garde contre l’abus de psychotropes (tranquillisants et antidépresseurs dans notre vulgaire langage). « On crée des maladies pour vendre des médicaments », dit simplement M. Azouri, ajoutant que « la médecine se déshumanise de plus en plus ». De plus, les nouvelles générations de psychotropes aux effets secondaires réduits encouragent notamment les généralistes à prescrire ce genre de médicaments. Un choix qui n’est pas souvent effectué pour la bonne cause. « On invente de nouveaux troubles pour commercialiser de nouveaux produits. En 15 ans, de 106 troubles dans le DSM 3 (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), on est passé à 300 troubles dans le DSM 4, avec une augmentation tout aussi insensée du nombre de psychotropes », relève le spécialiste, poursuivant que d’autres troubles sont candidats à la prochaine classification (DSM 5), notamment le trouble de l’agressivité au volant, le trouble du stress du juré, et le trouble du stress du joueur de loterie (!). Prenant le Liban en exemple, M. Azouri indique que dans ce pays, « des psychiatres et des psychologues envahissent les écoles pour soi-disant dépister les ADD (Attention Deficit Disorder) et les ADHD (Attention Deficit and Hyper Activity Disorder), et sous couvert de normalité, promettre à des parents et à des éducateurs anxieux la soumission assurée de leurs enfants ». « Est-il nécessaire de donner à des enfants des médicaments à partir de l’âge de 6 ans ? », se demande le spécialiste. En fait, est-ce que les Libanais comme certains l’affirment sont de gros consommateurs de psychotropes ? L’analyste se souvient d’une enquête effectuée il y a quelques années. L’étude avait démontré en effet que nos compatriotes sont les plus gros consommateurs de ce genre de médicament du monde dépassant – toutes proportions gardées – la consommation des Français. Selon M. Azouri, cette surconsommation de psychotropes est due essentiellement à la facilité d’accès aux médicaments et aux séquelles de la guerre. Mais ceci est une autre histoire... Pat.K.
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