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De l’usage du surréalisme à l’Onu

L’artiste René Magritte se serait senti parfaitement chez lui ces derniers temps au Conseil de sécurité de l’Onu, où le débat acharné sur l’Irak a pris un tour totalement surréaliste, avec des dits et non-dits sur des textes qui, selon des diplomates, n’en étaient pas. L’une des œuvres peintes par Magritte représente une simple pipe avec les mots : « Ceci n’est pas une pipe. » L’Onu semble s’en être largement inspirée. Pendant près d’un mois, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont négocié sur « un non-papier » sur l’Irak devenu au fil du temps un projet de résolution qui n’était pas un projet, selon les diplomates. À en croire ces sources, la seule vraie tension est survenue quand le représentant américain, John Negroponte, a produit un texte et que son homologue français, Jean-David Levitte, a aussitôt brandi une enveloppe, affirmant qu’elle contenait une contre-proposition. « Si vous mettez cela sur la table, c’est la guerre », a mis en garde John Negroponte, craignant qu’un texte de substitution ne détourne l’attention des dix membres non permanents dont il recherche le soutien. Le Français a répondu que son enveloppe resterait dans son bureau tant que l’Américain garderait son projet sous la table. Les deux textes ont aussitôt été distribués aux journalistes et membres du Conseil... Interrogé sur l’authenticité d’une copie, un porte-parole s’est emporté : « La France dément catégoriquement que cela soit un texte. Le texte n’existe pas ! » Et d’ajouter très vite : « Où l’avez-vous eu ? » Le document américain a été reproduit dans la presse du monde entier sous forme de projet. C’est un « non-papier », des « concepts », se sont défendus des diplomates. Il y a une semaine, John Negroponte a décidé qu’il était temps d’appeler un projet un projet. Mercredi, le texte est présenté officiellement aux membres non permanents. Le jour suivant, Jean-David Levitte en distribue une version largement remaniée, soulignant qu’il ne s’agit pas d’une contre-proposition. La vraie serait toujours dans son bureau. La Russie a aussi sorti un document. Flairant un danger, les États-Unis ont transformé leur projet en « bleu », une procédure officialisant un dépôt de texte, baptisée ainsi en raison de la couleur de l’encre utilisée à l’origine. Interrogé pour avoir un exemplaire du « bleu », le service de presse de l’Onu n’a pas eu une réponse favorable : « Nous n’avons qu’une copie en noir et blanc. »
L’artiste René Magritte se serait senti parfaitement chez lui ces derniers temps au Conseil de sécurité de l’Onu, où le débat acharné sur l’Irak a pris un tour totalement surréaliste, avec des dits et non-dits sur des textes qui, selon des diplomates, n’en étaient pas. L’une des œuvres peintes par Magritte représente une simple pipe avec les mots : « Ceci n’est pas une pipe. » L’Onu semble s’en être largement inspirée. Pendant près d’un mois, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont négocié sur « un non-papier » sur l’Irak devenu au fil du temps un projet de résolution qui n’était pas un projet, selon les diplomates. À en croire ces sources, la seule vraie tension est survenue quand le représentant américain, John Negroponte, a produit un texte et que son homologue français,...