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Actualités - Reportage

Femmes...Helen Khal, la dame blanche(photo)

Helen Khal, la dame blanche… Blanche comme ses cheveux blanchis par la poussière du temps, comme son sourire, clair et légèrement mélancolique, comme sa toile avant que ne viennent se déposer les couleurs de sa sensibilité, comme ses mots qui épousent le pastel de sa page ; blanche et lisse, comme sa voix lorsqu’elle questionne sa mémoire. C’est avec cette voix pure, épurée, débarrassée de toutes colères et de tous ressentiments que Helen Khal vient en toute simplicité raconter sa vie, en toute humilité décrire son travail de peinture et d’écriture, relever le voile sur ses souvenirs personnels, se rappeler. De ses grandes mains, de ses longs bras creusés par le temps, par les mots qu’ils accompagnent d’un geste patient, elle s’empare d’une large boîte en carton, boîte de Pandore d’où s’échappent les images sépia d’une jeune ballerine de 12 ans entrant dans la vie sur la pointe des pieds, celles d’une femme fièrement dressée devant ses toiles, « ma troisième exposition, chez Manoug, en 1968 » ou encore celles de sa famille, ses fils Tarek et Jawad, ses amis, Brigitte Caland. Elle sourit doucement. Avec son accent américain, normal, elle est née en Pennsylvanie, elle raconte, comme on raconte aux enfants avant de dormir, l’histoire de cette jeune femme venue au Liban en 1946 avec sa mère Salma découvrir la terre de ses parents. Chadra est le nom du village qu’elle peindra plus tard, pour que son père Thomas Joseph se rappelle, lui qui n’est jamais revenu. Helen ne repartira pas. Bien que « tout ce que je voulais, c’était être un grand écrivain », elle se met à la peinture « et c’est un nouveau monde qui s’est offert à moi. » Elle s’inscrit à l’Alba. « Durant deux ans, j’ai travaillé avec un groupe d’étudiants fort sympathique, Farid Awad, Chafic Abboud, Yvette Achkar, Nicolas Nammar. César Gemayel nous apprenait surtout la peinture impressionniste. » Cette même année, elle rencontre et épouse en un mois le poète Youssef el-Khal. Deux sensibilités, deux personnalités s’unissent. Ils partageront une partie de leur existence entre les États-Unis, la Libye et enfin le Liban, où ils déposent leurs bagages de vagabonds en 1954. Helen continue de peindre, « je devais découvrir par moi-même comment passer du figuratif au néocubisme. » Elle expose enfin son travail en 1960 à la galerie Alecco Saab. « C’est Aref Rayess qui m’a encouragé à le faire ; je ne me sentais pas prête, j’avais le sentiment que tout le monde peignait mieux que moi. » L’exposition connaîtra un gros succès. Helen cherche encore ses marques et ses couleurs, un moyen d’expression propre à elle. « Un dimanche après-midi, se souvient-elle, alors que je voulais tout arrêter, Aref Rayess, toujours lui – il a eu une influence très forte sur moi sans le savoir – m’appelle: “ Ne réfléchis pas, prends une nouvelle toile et peins. ” J’ai fait ce qu’il m’a dit, une heure plus tard une porte s’était ouverte à moi. » En 1963, Helen ouvre sa propre galerie à la rue de Phénicie. « Gallery One était la première “ vraie ” galerie d’art au Liban. » Le matin secrétaire, l’après-midi galeriste et peintre, elle organise une première exposition collective dans laquelle elle réunit de jeunes talents qui deviendront plus tard de grands noms, tels Hrair ou encore Assadour. Cette même année, les deux fortes personnalités s’affrontent tant qu’elles finissent par rompre. Youssef el-Khal reprend la galerie et les enfants. « Je suis restée au Liban car c’est ici que se trouvaient mes enfants, mes amis, ma peinture et mon travail, ma vie. » Avec un petit intermède américain pendant la guerre, la vie d’Helen se partagera alors entre le Jordan Information Bureau puis l’Escwa, où elle travaille, le Daily Star pour qui elle écrit, l’Université américaine et la LAU où elle enseigne l’art, et enfin la peinture qu’elle poursuit comme une thérapie pour pouvoir se débarrasser de cette gigantesque colère qui gronde alors en elle. « Les couleurs et la combinaison des mots naissent d’une même sensibilité. L’écriture me permet d’exprimer des choses que je ne réussis pas à faire en peinture ; le processus de peindre ressemble à celui de la méditation. On perd toute conscience de soi. Je passe sans aucun problème de ma toile au clavier de mon ordinateur.» Et des mots aux couleurs, sa quête demeure la même, inaltérable. « Depuis mon retour au Liban il y a six ans, je suis toujours à la recherche d’une nouvelle palette de couleurs plus atténuée, plus sourde, qui s’adapte à la lumière d’ici. » Dame blanche qui dialogue avec les autres couleurs, « je voudrais d’abord qu’elles parlent pour elle-mêmes », elle ne signe jamais ses toiles, « sauf si l’acheteur insiste. Je trouve qu’une signature perturbe un tableau. » Elle referme la boîte de Pandore, rangeant soigneusement les derniers souvenirs qui lui tiennent à cœur et s’en va rejoindre sa dernière toile, un paysage perdu dans le brouillard de sa mémoire. « Comment vous la trouvez ? » demande-t-elle. « C’est le ciel qui me dérange. Je cherche, je cherche encore », dira enfin la grande dame, avant de se diluer dans un silence blanc. Carla HENOUD
Helen Khal, la dame blanche… Blanche comme ses cheveux blanchis par la poussière du temps, comme son sourire, clair et légèrement mélancolique, comme sa toile avant que ne viennent se déposer les couleurs de sa sensibilité, comme ses mots qui épousent le pastel de sa page ; blanche et lisse, comme sa voix lorsqu’elle questionne sa mémoire. C’est avec cette voix pure, épurée, débarrassée de toutes colères et de tous ressentiments que Helen Khal vient en toute simplicité raconter sa vie, en toute humilité décrire son travail de peinture et d’écriture, relever le voile sur ses souvenirs personnels, se rappeler. De ses grandes mains, de ses longs bras creusés par le temps, par les mots qu’ils accompagnent d’un geste patient, elle s’empare d’une large boîte en carton, boîte de Pandore d’où...