La prise d’otages de 700 personnes à Moscou par un commando tchétchène est un échec cinglant pour les services de sécurité russes (FSB, ex-KGB) et désavoue de façon spectaculaire le discours officiel selon lequel trois ans de guerre en Tchétchénie ont affaibli les rebelles. Le groupe d’une cinquantaine de rebelles a mené une opération d’envergure qui a pris totalement par surprise les forces de l’ordre et le FSB, dont le président Vladimir Poutine, un ex-agent du KGB, a été le patron de juillet 1998 à mars 1999. Les forces de l’ordre russes sont pourtant omniprésentes dans la capitale russe où elles se livrent à de nombreux contrôles d’identité, visant en particulier les personnes de type caucasien depuis les attentats d’août-septembre 1999 (300 morts) qui avaient été attribués par les autorités russes aux rebelles tchétchènes sans que la preuve en soit jamais apportée. Les contrôles de la police routière sont également importants dans la capitale et aux entrées de Moscou, mais le commando a réussi à les déjouer, arrivant au théâtre à bord de plusieurs véhicules. Une telle opération implique une logistique dont la mise en place suppose des complicités, à la fois dans la capitale russe, avec par exemple des appartements ou des caches, et sur la route qui les a conduits jusqu’à Moscou. Si le commando est venu de Tchétchénie, il a dû parcourir quelque 1 500 km. Le commando a affirmé sur le site de la fraction radicale des indépendantistes kavkaz.org, selon la radio Echo de Moscou, avoir préparé son opération pendant deux mois, assurant avoir acheminé deux tonnes de TNT pour piéger le théâtre. La présidente de la commission pour les Droits de l’homme auprès de la présidence russe, Ella Pamfilova, s’est indignée jeudi du fait que « les services spéciaux ne soient pas capables de prévenir de telles actions ». « Les preneurs d’otages ont réussi à percer la sécurité nationale à deux niveaux – tactique et stratégique – alors qu’elle a été construite pendant des années de lutte contre les séparatistes. Et ils l’ont fait avec une facilité étonnante », a souligné hier le quotidien Vremia Novosteï. « Les services de sécurité qui se vantaient de traquer les chefs séparatistes se sont fait avoir (...) Les têtes vont tomber après la prise d’otages », ajoutait le quotidien. L’opération rappelle celle menée dans la ville de Boudennovsk en juin 1995, où une prise de plusieurs centaines de personnes en otages, qui s’était terminée dans le sang, avait obligé Moscou à entamer des négociations lors de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996). Mais la grande différence avec Boudennovsk, qui se trouve sur le territoire de Stavropol, frontalier de la Tchétchènie, est que les preneurs d’otages ont agi sur un terrain théoriquement beaucoup plus hostile. Pour le FSB, cette opération est un terrible camouflet de même ampleur que celui essuyé par le FBI américain (sûreté fédérale) lors des attentats du 11 septembre 2001. Les services de sécurité sont également chargés depuis février 2001 de l’opération menée dans la République de Tchétchénie contre les indépendantistes. Chaque jour, l’état-major des forces russes et le FSB annoncent la mort de rebelles ou de chefs rebelles et la confiscation d’armes ou d’importantes quantités d’explosifs et de mines, assurant que seuls des petits groupes sont désormais actifs et que les grandes unités ont été liquidées. Le chef du commando tchétchène de Moscou, Movsar Baraïev, avait même été donné pour mort à deux reprises. Or, avant même cette prise d’otages, les derniers événements en Tchétchénie ont prouvé que les capacités des rebelles n’avaient pas été réellement entamées pas plus que leurs moyens, en particulier avec la destruction d’un hélicoptère le 19 août dernier, touché vraisemblablement par un missile de fabrication russe Igla. Cette attaque a fait 121 morts, en grande majorité des militaires.
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