De longues années durant, la haute couture, autorité incontestée de l’élégance et du luxe raffiné, restait le sanctuaire clos des happy few, ces quelques élus bienheureux du sort qui constituaient l’élite de l’opulence... Les manifestations qui les concernaient ne constituaient pas d’événements publics mais des cérémonies quasi initiatiques où les participants en nombre très restreint étaient triés sur le volet... Les temps ont changé. Les mœurs et les mentalités aussi... Aujourd’hui la couture, qu’elle soit haute, moyenne ou industrielle, appartient à ceux qui peuvent assumer ses coûts et ses prix... Chez Dior, Galliano a déjà prouvé qu’il peut avec panache remplacer Cecil B. De Mille, le père des films à grand spectacle. Étonner, surprendre, oser... Bousculer les habitudes pour que les bourses internationales se délient et le pactole sauve la haute couture agonisante d’une vieillesse élitiste et de plus en plus solitaire. L’insolite est devenu ainsi la planche de salut, l’esprit «cinéma» le maître suprême et le gourou adulé de l’univers de la mode jadis hautaine. L’essentiel d’une présentation est, bien avant la création, l’ambiance... Un lieu inattendu de préférence, où le décorateur de cinéma, renifleur de l’insolite, capable de stimuler le public blasé par les plus inattendues trouvailles, donnera libre cours à son délire... Aucune maison «à griffe» ne peut se passer de ses services. Pour Ungaro, le défilé a eu lieu sous le Pont Alexandre III tout près de la Seine. Le but suprême? Surprendre, frapper l’imagination, remuer pour vendre... Les grandes maisons de couture se soumettent, l’une après l’autre, à la nouvelle loi. Le dernier défilé Chanel a eu lieu dans une piscine désaffectée, transformée en paquebot où les mannequins défilaient sur un podium flottant en plexiglas transparent, encadrés par des maîtres-nageurs (sécurité exige) en uniformes signés Chanel! Un vrai festival de l’insolite... Et la couture dans tout ça? «Malmenée», répond la presse spécialisée, objectant que les codes Chanel ne peuvent perdurer que dans leur ambiance. L’élégance mise au point par la grande Coco a besoin de l’ambiance feutrée et de la discrétion. Ce qui assure sa survie, c’est la continuité dans la fidélité, sans exclure la nouveauté. Mais à dose réfléchie et à mesure rigoureuse. Les bottes en plexi, les ourlets effilés, les larges ceintures métallisées portées sur les hanches, même s’ils étonnent, ne font qu’éloigner l’esprit de la créatrice de ce qui reste de sa griffe... Alain Mikli Voulez-vous voyager léger? Qui ne rêve pas de conserver une même tenue, simple et pratique tout au long d’un voyage, l’adaptant à toute circonstance? Un créateur, Alain Mikli, s’est consacré à mettre au point cette formule. Voyageur infatigable, homme d’affaires accompli, il a imaginé une collection évolutive pour hommes et femmes, s’efforçant à combiner sens pratique et esthétique. Privilégiant les matières naturelles (laine, soie, cachemire, angora) et les formes simples, il a conçu des pièces (pantalons, vestes, manteaux, impers) intemporelles. Souvent réversible, son vêtement cache des poches à double rabat pour éviter toute perte du contenu et maintes autres détails pratiques totalement ignorés par les vêtements classiques. Son objectif premier, selon son propre aveu, serait de mettre au point des garde-robes intemporelles qui resteraient, toutefois, complémentaires aux vêtements classiques. «Mon idée serait de mettre au point, déclare-t-il, des vêtements doubles et triples... infroissables, légers, chauds (ou frais) et beaux...» Averti sur ce qui se passe dans l’industrie automobile, la lunetterie, le design, en possession d’un brevet d’assemblage, Alain Mikli est un technocrate du vêtement, essayant de répondre à toutes les exigences de la vie actuelle. Homme d’affaires averti, voyageur infatigable, en étudiant ses propres besoins, il s’est décidé de concevoir des vêtements qui facilitent la vie sans tourner le dos à la tradition. Produisant une quarantaine de modèles par ligne «homme et femme» il s’inspire, de son propre aveu, de l’industrie automobile, du design et des recherches technologiques dont celles de l’industrie lunetière! Coiffure Le charme de l’argenté Il fut un temps où un seul cheveu blanc plongeait dans le désespoir celle qui le découvrait dans sa chevelure... Aujourd’hui, après l’overdose des mèches et du blond (si peu flatteur aux brunes très «typées»), l’argenté, depuis le printemps passé, reste la teinte «in» par excellence... Comment adopter cette teinte sans paraître dix ans plus âgée? Les coiffeurs parisiens ont résolu le problème par la teinture «poivre et sel». À adopter, de préférence, si on a des cheveux épais et des yeux clairs (surtout bleu acier). Privilégier une coupe stricte en supprimant toute mèche jaunie. Côté maquillage, éviter absolument pour les yeux les tons clairs. «Tonifier» les lèvres en passant un peu de brillant (gloss) au centre pour mettre la bouche en valeur. À éviter les rouges. Que porter avec sa nouvelle tête grise? Du marron et du gris monochrome. Le noir aussi va bien, à condition de le rajeunir avec des accessoires insolites. À Paris, la vogue veut qu’on porte aux pieds des baskets argent! Combinaison inacceptable certes par les élégantes «poivre et sel» de notre pays. Même par les plus branchées. Mais quand on suit la mode à la lettre, on ose tout. À savoir, toutefois, le noir, avec la tête «argent», ne fait pas mauvais ménage. Mais bien entendu il ne rajeunit guère la personne qui l’étrenne... Christian Lacroix, ou les mutations d’un créateur On connaissait Christian Lacroix plus proche de l’iconographie byzantine que du dépouillement austère d’une esthétique avare d’effets spectaculaires. Dans sa récente présentation, en juillet passé, de la collection de cet hiver c’est bien une femme solidement ancrée dans le présent actif qui l’inspire... Ensembles «motard», blousons de cuir en profusion. Mais aussi des doudounes en broché, des parkas taillées dans du satin métallisé, des robes en polyuréthane. Un créateur en mutation, bien installé dans le monde actuel et ses trouvailles, faisant l’inventaire de ses acquis et toutes les possibilités d’un nouvel avoir! Renonçant à son grand favori, le heurt des couleurs, Lacroix nouvelle version choisit, comme Stendhal, le rouge et le noir comme teintes favorites pour l’hiver qui approche. Large jupe sous manteau de cuir souple (vachette) rouge et noir, une jupe, longue et ample, en damier de satin noir et blanc, un bustier à effet vitrail de nacre blanche... Pour la vie quotidienne, l’inspiration Lacroix se maintient au diapason de l’audace: une jupe en laine bouillie, parcourue de traits de peinture... Des robes guêpières en dentelle ou en velours noir, des vestes rebrodées de fleurs. Dans cette collection, Lacroix apparaît au sommet de sa gloire. La presse s’en est fait l’écho, et l’assistance, lors de la présentation de sa création, en juillet passé, à l’École des beaux-arts, a ovationné la mariée qui clôturait l’ensemble de la collection de l’hiver 2002-2003. Elle était en robe blanche, entièrement poudrée, comme dans un rêve de poussière scintillante. Féerique et moderne, imaginatif et maître virtuose de son art, Christian Lacroix s’est hissé au sommet de la création pour l’hiver qui s’annonce... Robes de collection Don de reine Le couturier Hubert de Givenchy est un des grands promoteurs de la fondation Balenciaga. Cristobal Balenciaga, considéré comme un des grands maîtres de la haute couture du XXe siècle, était venu à Paris, en 1937, de son pays natal l’Espagne. Mort prématurément en 1972, Balenciaga a marqué toute une génération de créateurs français par son imagination et sa technique fondée sur une exceptionnelle maîtrise de la coupe. Aujourd’hui, une fondation qui regroupe des personnalités et des amis du couturier perpétue sa mémoire. Hubert de Givenchy, un grand nom de la haute couture, est en train de faire campagne pour compléter les collections de la fondation Balenciaga. La reine Fabiola de Belgique, veuve du roi Baudouin, a accepté de faire don à la fondation de sa robe de mariée, créée par Balenciaga pour son mariage avec feu le roi. La robe est en satin duchesse bordée de vison blanc. Deux conditions, toutefois, sont posées à ce don: a) que la robe ne soit jamais portée par un mannequin en chair et en os; b) qu’elle soit restaurée par la première main de l’atelier de Balenciaga l’ayant réalisée à l’époque. Il semble toutefois que le vison qui la bordait a souffert. La reine Fabiola, née à Madrid Fabiola de Mora y de Aragon, avait épousé le roi Baudouin en 1960, devenant reine des Belges. Baudouin Ier, mort en 1993, était désigné roi en 1951, à la suite de l’abdication de son père, Léopold III. Le couple n’ayant pas eu d’enfants, c’est son frère cadet, Albert, qui lui succéda en 1993. Il a fallu beaucoup de recherches pour retrouver la première main de l’atelier qui a réalisé, à l’époque, la robe de mariée de Fabiola. Felésa Irigoyen a aujourd’hui plus de 80 ans, et la restauration de la robe-relique est un véritable «travail d’Hercule»... Gardée dans sa boîte quarante ans durant, elle a souffert elle aussi des ravages du temps: l’hermine qui l’ornait a beaucoup perdu de sa fraîcheur. Mais le syndicat des pelletiers espagnol s’est offert de la remplacer. Trente-cinq mètres de vison blanc viennent d’être présentés en cadeau, en souvenir du roi défunt et en témoignage de respect et d’affection à sa veuve. La robe restaurée fera son entrée en grande pompe au musée de Guetaria, en automne prochain, en présence de la royale donatrice, qui vénère avec une extrême dévotion le souvenir du roi défunt, son époux.
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