Ils ont souffert, paix à leurs tourments. Ils sont morts, paix à leurs âmes. Ceux qui ont laissé faire ont demandé pardon. Ceux qui ont torturé expient encore. Ceux qui ont volé n’ont pas fini de payer. Ceux qui ont sauvé ont été sacrés « justes », ce n’était que justice. Au moins quatre prix Nobel de littérature sur la Shoah avec celui, attribué mercredi dernier, au prodigieux Imre Kertész ; d’innombrables récompenses dans tous les domaines de l’art sur le même thème, jusqu’au dernier Oscar attribué au Pianiste de Polanski. Soixante ans que le monde bat sa coulpe et cristallise sa part honteuse, sa moitié d’ombre autour de ce que firent les nazis aux communautés juives d’Europe. Certes, l’horreur de cela est inquantifiable, inqualifiable et continuera encore longtemps de suinter sa noirceur, d’agiter ses démons et remplacer de ses garde-fous les parapets de toute démocratie soucieuse de ses libertés. Mais la tragédie des Arméniens ? Celle des Kurdes ? Celle des Tchétchènes ? Et, oui, celle des Palestiniens ? Les juifs ont-ils à ce point focalisé sur leur communauté la méchanceté du monde que toutes les autres injustices sont considérées comme mineures ? Qu’au nom du principe, élastique à souhait, d’autodéfense, ils y aillent sans ciller de leur nettoyage ethnique perso, avec l’appui de l’égocentrique Amérique ? Alors que l’obituaire des peuples martyrisés n’en finit pas d’allonger sa liste, les victimes d’hier habitent-elles à ce point leur statut de victimes que l’on en vienne à les plaindre, même en spoliateurs et en bourreaux ? Ces propos, écrits à l’envers du journal comme en marge du réel, ne prétendent pas à la polémique. Depuis le temps que les mots s’impriment noir sur blanc, on sait qu’en chacun ces deux parts se valent, plus ou moins. Non, ces propos sont inspirés de la couleur de la mer, de ce bleu déjà grisé à la sortie du tunnel de Aïn el-Mraissé, déjà teinté d’orages et de charges belliqueuses. De cette affiche, immense et dérisoire face à la mer et qui annonce à nos invités francophones : « Beyrouth revit… » Beyrouth revit… en français, langue-amulette versée sur cette renaissance précaire comme une eau baptismale. Les Irakiens, les Palestiniens, par les détours de leur histoire, sont par ailleurs anglophones. Mais le monde entier l’est, n’est-ce pas. Toutes les langues ne sont pas maternelles. Après le passage de Bush, nous pourrons toujours faire des Nobel… en français. Fifi ABOUDIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils ont souffert, paix à leurs tourments. Ils sont morts, paix à leurs âmes. Ceux qui ont laissé faire ont demandé pardon. Ceux qui ont torturé expient encore. Ceux qui ont volé n’ont pas fini de payer. Ceux qui ont sauvé ont été sacrés « justes », ce n’était que justice. Au moins quatre prix Nobel de littérature sur la Shoah avec celui, attribué mercredi dernier, au prodigieux Imre Kertész ; d’innombrables récompenses dans tous les domaines de l’art sur le même thème, jusqu’au dernier Oscar attribué au Pianiste de Polanski. Soixante ans que le monde bat sa coulpe et cristallise sa part honteuse, sa moitié d’ombre autour de ce que firent les nazis aux communautés juives d’Europe. Certes, l’horreur de cela est inquantifiable, inqualifiable et continuera encore longtemps de suinter sa noirceur,...