La canonisation, dimanche, de Jose Maria Escriva de Balaguer (1902-1975), fondateur de l’Opus Dei (Œuvre de Dieu), un mouvement chrétien devenu « diocèse sans territoire » est, à sa manière, la confirmation d’une des grandes vérités ecclésiales du XXe siècle : dans la vie de l’Église, c’est « le temps des laïcs ». C’était l’intuition première de cet ardent missionnaire. Faire vivre la sainteté « hic et nunc », ici et maintenant, à des hommes et des femmes plongés dans le quotidien touffu, incapables de se dégager de leur milieu professionnel et social pour prendre le chemin classique de la perfection. Pas besoin de le faire, le défi lancé par le monde moderne au commandement du Christ demandant aux fidèles d’être « saints comme leur Père est saint », peut être relevé d’une autre façon, avait compris Jose Maria Escriva. Le fondateur de l’Opus Dei allait devenir, dès 1928, le pionnier d’une nouvelle voie vers la sainteté très proche de celle que, dans une intuition géniale, Thérèse de Lisieux avait pressentie à la fin du XIXe siècle. Une « petite voie » accessible à tout venant, non moins héroïque que la première, mais pour laquelle on prendrait désormais les « petits moyens ». Cette forme de sainteté aller s’annoncer prophétique, et le Concile Vatican II, l’événement ecclésial majeur du XXe siècle, selon Jean-Paul II, confirmera la vérité de ces intuitions, en bouleversant les points de vue et mettant l’accent sur la nature de l’Église, peuple de Dieu. C’est-à-dire en associant les laïcs au gouvernement de l’Église, non pour se substituer à la hiérarchie religieuse, mais pour être son partenaire à part entière, dans la complémentarité des charismes et des institutions. La floraison extraordinaire des mouvements d’apostolat laïcs dans la période postconciliaire, préfigurés après la Seconde Guerre mondiale par des mouvements comme le Cursillo, les Focolari, l’Arche de Jean Vanier et le mouvement Foi et lumière, et suivis dès la fin des années 60 par le Renouveau charismatique, le mouvement Néo-cathécuménal, la communauté Sant’Egidio et en général tous les mouvements d’apostolat de laïcs « communautés nouvelles » et allait confirmer cette orientation. Cette floraison deviendra le ferment de ce que Jean-Paul II appellera la « nouvelle évangélisation », c’est-à-dire l’évangélisation des baptisés, l’évangélisation d’un peuple nominalement chrétien, corrodé plus ou moins profondément par le relativisme éthique si caractéristique de notre temps. Cette floraison, ou disons ce bourgeonnement avant-coureur de ce que Jean-Paul II espère être un nouveau printemps de l’Église, le pape y verra une des « surprises de l’Esprit ». Dans sa lettre apostolique À l’Aube du nouveau millénaire, le pape affirmera que l’Église est à la recherche de « nouveaux modèles de sainteté », ceux d’adolescents, de mères de famille, de responsables politiques qui ont vécu leurs vertus héroïques dans la vie de tous les jours. Voilà de quoi comprendre et situer l’Opus Dei, un mouvement qui compte aujourd’hui des milliers de laïcs et de prêtres à la fois plongés dans la vie quotidienne et fervents chrétiens. L’exigence chrétienne est la même, l’engagement tout aussi radical, mais le décor est différent. C’est aux laïcs aujourd’hui d’évangéliser le monde. Le concept de « mission » au sens traditionnel du terme est désormais double et concerne, d’une part, l’annonce de l’Évangile à ceux qui ne l’ont encore jamais entendu, d’autre part aux millions de chrétiens « baptisés mais non évangélisés », qui vivent dans un monde souvent pétri de valeurs chrétiennes, mais coupé de ses racines et de toute référence personnelle au Christ. Fady NOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La canonisation, dimanche, de Jose Maria Escriva de Balaguer (1902-1975), fondateur de l’Opus Dei (Œuvre de Dieu), un mouvement chrétien devenu « diocèse sans territoire » est, à sa manière, la confirmation d’une des grandes vérités ecclésiales du XXe siècle : dans la vie de l’Église, c’est « le temps des laïcs ». C’était l’intuition première de cet ardent missionnaire. Faire vivre la sainteté « hic et nunc », ici et maintenant, à des hommes et des femmes plongés dans le quotidien touffu, incapables de se dégager de leur milieu professionnel et social pour prendre le chemin classique de la perfection. Pas besoin de le faire, le défi lancé par le monde moderne au commandement du Christ demandant aux fidèles d’être « saints comme leur Père est saint », peut être relevé d’une autre façon,...