Le raid sanglant de l’armée israélienne dans le sud de la bande de Gaza constitue un test de la marge de manœuvre d’Ariel Sharon vis-à-vis des États-Unis dans l’optique d’un éventuel conflit en Irak. De source diplomatique, on estimait que la réaction officielle de Washington à cette opération de Khan Younès – l’une des plus meurtrières jamais effectuées par l’armée, puisqu’elle a coûté la vie à 14 Palestiniens, dont une femme de 50 ans – serait sans doute mesurée, mais qu’il y aurait « des mots plus durs en coulisses ». Ce raid est, en effet, survenu alors que la Maison-Blanche a exigé du Premier ministre israélien qu’il adopte le profil le plus bas possible afin de ne pas gêner les efforts américains pour mettre sur pied une coalition internationale contre le régime de Bagdad. « Nous sommes pleinement conscients des intérêts américains et des développements régionaux, mais Israël continue d’avoir le droit de se défendre et de combattre les organisations terroristes », a déclaré un responsable gouvernemental auquel on demandait si ce raid de Khan Younès ne constituait pas un défi, ou au moins une fin de non-recevoir, à Washington. « Je ne pense pas que quiconque attend d’Israël qu’il renonce à prendre les mesures nécessaires pour empêcher les attaques terroristes », a-t-il poursuivi sous le couvert de l’anonymat. Le 29 septembre, les pressions américaines avaient contraint M. Sharon à ordonner à l’armée de lever le siège du QG du dirigeant palestinien Yasser Arafat à Ramallah. Cet épisode avait montré que M. Arafat bénéficiait d’une sorte d’immunité de facto au moins jusqu’au déclenchement d’un assaut américain contre l’Irak. Mais la marge de manœuvre exacte d’Israël, c’est-à-dire ce que les États-Unis peuvent tolérer de M. Sharon durant cette période, n’est évidemment pas connue. « C’est justement pour mettre au point des critères acceptables en cas de situation comme celle-ci (celle de Khan Younès) » que M. Sharon se rendra à Washington la semaine prochaine pour y rencontrer le président George W. Bush, explique l’analyste israélien Joseph Alpher, ancien conseiller du prédécesseur de M. Sharon à la tête du gouvernement israélien, le travailliste Ehud Barak. L’initiative de la visite revient à Washington, qui souhaite visiblement limiter les risques de dérapage. Le problème pour les États-Unis, « c’est qu’il y a tellement de causes de conflit potentielles à l’heure actuelle » pour Israël, souligne sous le couvert de l’anonymat le diplomate cité plus haut. « Il est très difficile de faire en sorte qu’ils (les Israéliens) se tiennent tranquilles sur tous les fronts. Il faut donc choisir ses priorités », poursuit-il. D’autant, explique-t-il, que M. Sharon va être de plus en plus confronté à « un dilemme tactique », à savoir qu’au fur et à mesure qu’un assaut américain contre l’Irak se rapprochera, « il est raisonnable de penser qu’il y aura une pression accrue » des mouvements radicaux palestiniens. M. Sharon a lui-même indiqué qu’il s’attendait à une recrudescence des attentats palestiniens dans les semaines précédant une attaque des États-Unis contre l’Irak. En fonction de la gravité de ces provocations, il risque donc de lui être difficile de ne pas réagir.
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