À peine l’été s’achève que nous avons une nouvelle année sur les bras, et qu’en faire ? On croit qu’il fait encore chaud, mais les petits matins ne trompent pas, déjà largement embués d’automne. La chaussée transpire doucement les pluies à venir et retient en une boue crémeuse les poussières de la saison, mais oui, passée. Comme un résistant clandestin, le distributeur de journaux glisse, furtif, sur son vélo, jette son brûlot et file, pas vu pas pris. À chaque manchette le cœur se glace et l’angoisse rechigne à fondre dans le café. Faire comme si de rien n’était mais se figer en attendant que tout arrive. Voir venir le cyclone, son cortège de guerre, sa nuée de douleurs et monter ses barricades, sans beaucoup d’illusions. S’accrocher au quotidien, aux soucis, petits et grands, mais toujours dérisoires tant qu’on peut tenir, aux joies simples que la vie exsude pour se faire désirer. Hier, dans un terrain vague parmi les immeubles, un feu de fougère qui menaçait pourtant d’être long. Le petit quartier s’était déjà organisé. Un concierge avait branché un tuyau au réservoir, si précieux en cette saison d’étiage. Un autre s’acharnait du revers de sa pelle, et le ballet des badauds et des voitures qu’on déplace, et tout le monde à son balcon pour, le temps d’une flambée, oublier tout le reste. Enfin ils sont arrivés. Avec force sirènes. Nonchalemment déroulé leurs tuyaux. Avec une belle technique, faut croire. Zen. Précédés d’un inspecteur armé d’un calepin qu’il noircit d’avant et d’après. Quelqu’un lance : si on avait organisé une manif, ils seraient venus plus tôt, plus habiles à asperger les opinions qu’à maîtriser les flammes. Pour le petit garçon qui rêvait casque d’argent, il faudra repasser. La scène, il faut le reconnaître, n’appelait pas d’héroïsme. Mais le panache ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Quelqu’un à qui, plus tard, un enfant voudrait ressembler ? Tant de dérive dedans, dehors, et pour seul repère la poigne. Méfiance qui appelle méfiance, et le giron d’un dieu pour seul refuge. C’est ainsi que les vents mauvais se mordent la queue et se transforment en tornades. Dans l’œil du cyclone, le silence n’est pas innocent. Il est la colonne qui soutient le désastre. Parler, interroger, écouter, il n’est pas d’autre façon d’aimer. Il n’est pas d’autre moyen d’apaiser. Il n’y a rien d’autre à apprendre. Fifi ABOUDIB
À peine l’été s’achève que nous avons une nouvelle année sur les bras, et qu’en faire ? On croit qu’il fait encore chaud, mais les petits matins ne trompent pas, déjà largement embués d’automne. La chaussée transpire doucement les pluies à venir et retient en une boue crémeuse les poussières de la saison, mais oui, passée. Comme un résistant clandestin, le distributeur de journaux glisse, furtif, sur son vélo, jette son brûlot et file, pas vu pas pris. À chaque manchette le cœur se glace et l’angoisse rechigne à fondre dans le café. Faire comme si de rien n’était mais se figer en attendant que tout arrive. Voir venir le cyclone, son cortège de guerre, sa nuée de douleurs et monter ses barricades, sans beaucoup d’illusions. S’accrocher au quotidien, aux soucis, petits et grands, mais toujours...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.