Quelques jours après être sorti indemne de l’attentat dans le bus 4 à Tel-Aviv, Ronny appelle Natal, centre d’écoute spécialisé en traumatismes. Il dit qu’il ne dort plus, qu’il voit des corps en morceaux et qu’il a peur de ne jamais redevenir ce qu’il était avant. Six mille Israéliens ont appelé avant lui ce même numéro vert depuis le début de l’intifada, il y a deux ans. Quasiment huit fois plus que durant les deux années qui ont précédé le nouveau conflit israélo-palestinien. Mira, une volontaire, écoute attentivement le jeune homme répéter les mêmes détails sordides. « Je lui donne les outils pour qu’il soit en mesure d’affronter le monde tel qu’il est », explique-t-elle dans les locaux du centre à Tel-Aviv. Un monde qui a changé depuis deux ans pour les Israéliens, qui ont dû faire face à une déferlante d’attentats-suicide meurtriers dans quasiment toutes les grandes villes du pays. « Jusqu’à présent, les guerres se déroulaient aux frontières. À l’intérieur du pays, les civils étaient en sécurité. Aujourd’hui, le front, c’est la terrasse des cafés. Les Israéliens vivent avec ce sentiment qu’à chaque moment, il peut leur arriver quelque chose », souligne le directeur de Natal, Saar Uziely. En deux ans, les Israéliens ont vu les cafés, restaurants et magasins se doter de grilles et de gardes. Il y a des barrages de police dans les centres-villes. Les rues, les cinémas et autres lieux publics se vident totalement lors des périodes de recrudescences d’attentats. De nombreux Israéliens racontent comment, la peur au ventre, ils ont hésité avant de prendre un bus ou bien décrivent les calculs de probabilité auxquels ils se sont livrés sur les risques d’attentat à tel ou tel endroit. Même s’ils n’ont pas été touchés personnellement, beaucoup se disent profondément affectés par cette violence environnante, abondamment relayée par les médias, notamment les télévisions, qui passent en boucle les images d’attentats. « Ils vivent dans l’angoisse. Ils ont le sentiment que quelque chose s’est brisé, que plus rien n’est sûr. Que c’est l’existence même d’Israël qui est en danger », explique M. Uziely. Pour certains, ces attaques font revenir à la surface des traumatismes plus anciens, comme la guerre du Kippour (1973) ou l’invasion du Liban en 1982 jusqu’au retrait total d’Israël de ce pays en 2000, indique le psychologue. Les références à la Seconde Guerre mondiale sont également présentes : « Après la Shoah, Israël était censé être l’endroit où les Juifs seraient enfin en sécurité. Aujourd’hui, c’est le lieu où ils sont le plus en danger », avance-t-il. L’historien et journaliste israélien Tom Seguev estime que ces attentats ont « provoqué d’énormes dégâts dans la société israélienne ». « Ils nous ont renvoyés en arrière, à un temps que je croyais révolu : nous nous sommes refermés, pensons que le monde entier est contre nous et que tous les Arabes veulent nous détruire ». Les attentats ont également ressoudé la société israélienne, dont les divisions sont à vif quand le calme règne, « une réaction tribale », conclut-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Quelques jours après être sorti indemne de l’attentat dans le bus 4 à Tel-Aviv, Ronny appelle Natal, centre d’écoute spécialisé en traumatismes. Il dit qu’il ne dort plus, qu’il voit des corps en morceaux et qu’il a peur de ne jamais redevenir ce qu’il était avant. Six mille Israéliens ont appelé avant lui ce même numéro vert depuis le début de l’intifada, il y a deux ans. Quasiment huit fois plus que durant les deux années qui ont précédé le nouveau conflit israélo-palestinien. Mira, une volontaire, écoute attentivement le jeune homme répéter les mêmes détails sordides. « Je lui donne les outils pour qu’il soit en mesure d’affronter le monde tel qu’il est », explique-t-elle dans les locaux du centre à Tel-Aviv. Un monde qui a changé depuis deux ans pour les Israéliens, qui ont dû faire...