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Actualités - Reportage

Femmes...Jocelyne Khoueiry, une fleur au bout du fusil(PHOTO)

Elle a piqué une fleur au bout de son fusil, lâché les armes au profit d’un combat nouveau qui passe par la foi et le social, qui passe surtout par soi et les autres. Jocelyne Khoueiry ou l’histoire d’un silence et d’une paix intérieure, acquis après le fracas de la guerre. Sa photo, le fusil sur l’épaule, en tenue de combat, défendant une cause qui lui tenait tant à cœur, a fait le tour du monde. Un monde étonné de voir en gros plan une jeune femme, de vingt ans, « une des premières au Liban », dit-elle, la première diront les autres, arme au poing, mener sa guerre sur le terrain miné et alors exclusif des hommes. Vingt-cinq ans plus tard, Jocelyne Khoueiry est une femme calme, apaisée, sereine. Plus tout à fait la même et pas vraiment une autre. Des cheveux extraordinairement blancs soulignent un visage un peu absent. On s’attend à trouver une personne révoltée, violente peut-être. On découvre, désarmé, une femme simple, en accord avec elle-même, qui a vécu, assimilé, retenu les leçons de sa vie et celles de la mort des autres, martyrs, soldats inconnus et même parents. «J’ai perdu un frère et deux cousins», avoue- t-elle. Ancienne combattante au sein des Forces libanaises, responsable de secteur, responsable des militantes au Liban et enfin de « son » groupe de 13 femmes, elle a abandonné les armes le 12 mars 1985, lorsque les petites guerres intestines ont commencé à diviser les pensées et les actions. «Tout le bureau directeur s’est alors retiré, une décision commune de ne pas se laisser entraîner dans une machine que l’on ne pourra plus contrôler.» La guerre changeait de direction. «Nous faisions partie de l’ancienne école qui luttait pour un Liban multiconfessionnel, un Liban message.» L’engagement militaire Jocelyne Khoueiry est arrivée presque naturellement à faire partie de cette guerre qui possédait à ses yeux une cause valable. Sa participation au débat politique, dès le début des années 70, entraînée par ses convictions et ses deux frères, «j’étais déjà membre de la section estudiantine Kataeb et responsable des cellules féminines», s’est transformé en entraînement, «une activité sportive, d’abord» qui est devenue par la force des choses une vraie guerre. «Nous étions un bon nombre de jeunes étudiants pressentant en 1973 que la situation était difficile. Au début, notre entraînement ressemblait à un sport. J’ai beaucoup aimé cet aspect de la vie militaire, on y apprend la rigueur, la discipline, le dépassement de soi.» Lorsque la guerre éclate, Jocelyne est étudiante en journalisme. «Je me suis sentie poussée par mes frères et les camarades. Automatiquement, j’étais dedans.» Sans regrets, sans remords, sans rancune, elle poursuit : «C’est un peu difficile de parler de la guerre, assis ainsi autour d’une table. J’ai tout fait avec honnêteté, jamais par instinct.» La guerre vécue au quotidien, «c’est une question de vie ou de mort, il n’y a pas de temps pour l’analyse. La peur? On a le temps d’avoir peur mais pas le temps de s’y arrêter. Elle est toujours présente… Regardez mes cheveux blancs, ajoute-t-elle. J’ai vu mes cheveux blanchir…» En 1980 et entre deux guerres, Jocelyne suit des cours de théologie, premier pas vers une profonde réflexion spirituelle, et s’occupe de former des militantes, dans les domaines du secourisme, de l’administration et du militaire. Elle obtient son diplôme en 1985, l’année pour elle du recommencement. «Le moment était venu de passer au cadre ecclésiastique.» L’engagement spirituel «Mon combat a changé, mais le souffle est le même.» Lorsque Jocelyne dépose les armes, elle y laisse, amère, une part de son être. «C’était très difficile, un peu comme quitter sa maison et sa famille.» Trois années de recul et d’enseignement plus tard, elle fonde en 1988 La Libanaise - femme du 31 mai. Le souffle qu’elle y dépose est en effet intact, car pur et engagé. «La date est celle de la Visitation et la journée des militantes depuis 83. Ce mouvement rassemble des femmes qui ont voulu continuer ce que nous avions commencé sur le front. Construire ce pays pour lequel nous étions prêtes à mourir.» Elle s’explique : «C’est un mouvement de formation qui enseigne chaque année un programme en théologie, sociologie, histoire, bioéthique. Il offre également un programme spécial aux familles et un centre d’écoute et de thérapie aux couples et aux enfants vivant des problèmes liés au couple.» L’association, située au centre Jean-Paul II, « le pape de la famille », mène également des actions contre l’avortement et l’euthanasie, «nous sommes en faveur de la vie» et, sur un autre plan, des actions pour subvenir aux familles dans le besoin. «Notre lutte pour le Liban prend à mes yeux un sens plus grand et plus sublime. La politique passe par le social. Le débat actuel parle de tout sauf de politique.» Franche, déterminée mais enfin sereine, Jocelyne Khoueiry confirme l’impression qu’elle dégage: «Je ne regrette rien, sauf tous ces morts, pour rien. J’ai vécu ce que j’ai vécu, appris de chaque instant. Sans tout cela, je n’aurais pas été ce que je suis.» Carla HENOUD
Elle a piqué une fleur au bout de son fusil, lâché les armes au profit d’un combat nouveau qui passe par la foi et le social, qui passe surtout par soi et les autres. Jocelyne Khoueiry ou l’histoire d’un silence et d’une paix intérieure, acquis après le fracas de la guerre. Sa photo, le fusil sur l’épaule, en tenue de combat, défendant une cause qui lui tenait tant à cœur, a fait le tour du monde. Un monde étonné de voir en gros plan une jeune femme, de vingt ans, « une des premières au Liban », dit-elle, la première diront les autres, arme au poing, mener sa guerre sur le terrain miné et alors exclusif des hommes. Vingt-cinq ans plus tard, Jocelyne Khoueiry est une femme calme, apaisée, sereine. Plus tout à fait la même et pas vraiment une autre. Des cheveux extraordinairement blancs soulignent un visage un...