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L’orphelin battant devenu chancelier pragmatique

Il a travaillé pour financer ses études avant de faire carrière en politique, jusqu’à être élu chancelier du « nouveau centre » en 1998 : Gerhard Schröder, 58 ans, brigue un deuxième mandat de quatre ans aux législatives de dimanche, sous le signe du pragmatisme. Donné battu pendant plusieurs mois par les instituts de sondage face à son rival conservateur, Edmund Stoiber, le président du Parti social-démocrate (SPD) a démontré son étonnante capacité à rebondir avec sa gestion résolue de la crise issue des inondations qui ont dévasté l’Est du pays et son refus intransigeant d’une participation militaire allemande à une attaque contre l’Irak. Résultat : le SPD a effectué une remontée fulgurante dans les sondages. Le parti du chancelier devance désormais depuis deux semaines la CDU/CSU dans la plupart des enquêtes d’opinion. Et Gerhard Schröder reste nettement plus populaire que son adversaire. Né le 7 avril 1944 à Mossenberg (Ouest), Gerhard Fritz Kurt Schröder apprend très tôt à mettre la main à la pâte. Il ne connaîtra jamais son père mort au cours de la Deuxième Guerre mondiale en Roumanie. C’est lui qui aide sa mère Erika à faire vivre une famille de six personnes : « Nous n’avions vraiment pas un sou », se souvient-il. À 17 ans, cet amateur de football effectue un apprentissage dans le commerce de détail et décroche son premier emploi. Deux ans plus tard, il adhère au SPD et suit des cours du soir. Bachelier à 22 ans, il enchaîne des études de droit tout en travaillant sur des chantiers. Avocat dans les années 1970, il se bat aux côtés des Jeunesses socialistes (Jusos) à Hanovre (Nord), son futur fief politique. Cet homme aux cheveux châtain foncé et aux yeux bleus entre en 1980 au Bundestag, la Chambre des députés, à l’âge de 36 ans. Il prend ensuite les commandes de l’État régional de Basse-Saxe, dont il devient successivement chef du groupe parlementaire SPD puis ministre-président (1990-1998). Il obtient son bâton de maréchal aux législatives de septembre 1998, remportées haut la main par le SPD, qui marquent la fin des 16 années de l’ère du chrétien-démocrate Helmut Kohl. Maladroit au début, Gerhard Schröder redresse la barre au fil des mois. Détracteur de l’euro dans l’opposition, il devient un ardent défenseur de l’Europe. Il revendique aussi pour l’Allemagne de nouvelles « responsabilités internationales ». Taxé de « camarade des patrons » par ses détracteurs, le chancelier s’affichera aux côtés des ouvriers du groupe de bâtiment Holzmann rescapé une première fois de la faillite fin 1999. Huit ministres ont quitté son gouvernement en quatre ans, un record dans l’histoire de la République fédérale née en 1949. À chaque fois, il s’en sert pour rebondir. Habile, le chancelier pose la question de confiance en novembre 2001, son plus gros coup de la législature. Objectif : museler au sein de sa propre majorité les députés verts et sociaux-démocrates opposés à l’engagement militaire de l’Allemagne contre le terrorisme. Très soucieux de son image, Gerhard Schröder a su se discipliner. Il ne s’affiche plus en public avec des Cohiba, le plus cher des cigares cubains, et ne pose plus dans les magazines vêtu de costumes en cachemire. Depuis le printemps 2001, soit après deux ans et demi de pouvoir, adversaires et médias lui reprochent d’avoir interrompu le cycle de réformes – fiscalité, retraites, immigration – pour se contenter d’une « politique emprunte de stabilité », celle de « la main tranquille » selon sa propre formule, à double tranchant. Notamment sur le front du chômage, son plus grand échec. Gerhard Schröder avait imprudemment promis de réduire le nombre de sans-emploi à 3,5 millions. Ils sont quelque quatre millions aujourd’hui, soit autant qu’à son arrivée au pouvoir fin 1998. Quatre semaines avant les législatives, il a abattu sa dernière carte avec une réforme radicale du marché du travail censée réduire de manière draconienne le chômage. Comme s’il se cherchait une porte de sortie en cas de défaite, cet homme sans enfant a récemment dévoilé l’un de ses rêves : habiter New York, la ville préférée de Doris Schröder-Koepf, sa quatrième épouse.
Il a travaillé pour financer ses études avant de faire carrière en politique, jusqu’à être élu chancelier du « nouveau centre » en 1998 : Gerhard Schröder, 58 ans, brigue un deuxième mandat de quatre ans aux législatives de dimanche, sous le signe du pragmatisme. Donné battu pendant plusieurs mois par les instituts de sondage face à son rival conservateur, Edmund Stoiber, le président du Parti social-démocrate (SPD) a démontré son étonnante capacité à rebondir avec sa gestion résolue de la crise issue des inondations qui ont dévasté l’Est du pays et son refus intransigeant d’une participation militaire allemande à une attaque contre l’Irak. Résultat : le SPD a effectué une remontée fulgurante dans les sondages. Le parti du chancelier devance désormais depuis deux semaines la CDU/CSU dans la plupart des...