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Actualités - Opinion

IMPRESSION Bardas

C’est toujours la faute aux platanes. Toujours les premiers à vous lâcher une feuille par-ci, un frisson par-là. Les feuilles, en as de pique, en mains de Fatma, elles tourbillonnent autour des troncs déjà plus larges d’une saison. Sous la vigne, ce corps qui se balance, fruit monstrueux que les oiseaux refusent : Hneiné… Son fichu, sa vieille jupe, une redingote qu’on lui avait oublié ! Hneiné, si terrienne pourtant. Ça ne lui ressemble pas, ce désespoir qui tord le cou à la gravité. Mais voilà, elle a habillé son épouvantail pour l’automne, des fois que les moineaux seraient plus malins… Et toutes ces pommes qui déferlent, les vertes, les rouges, les presque jaunes. Une avalanche de pommes qui roule et gronde, déborde des cageots, fond en lave douce dans les marmites à confiture, se mêle de vanille, de cannelle, de girofle, pour la fête aux Tatin. Il faut déjà penser au cartable. Le cartable. La grande affaire de l’automne qui donne aux écoliers des rêves d’escargots. Ah, se blinder de ce cartable ! S’en faire une cuirasse, avec l’image tutélaire de son héros favori, y glisser parmi les manuels encore intimidants tous les trésors, les gris-gris interdits qui sentent bon la maison. Et la tartine que la gorge nouée refuse de laisser passer. Peut-être plus tard. Peut-être jamais. L’offrir en douce au chat du réfectoire, aux passereaux qui ne partiront pas. Et puis la pomme. Si gorgée d’été, cette pomme, avec ses baisers de soleil. Si pleine des terres rugueuses et sombres des sommets, de leur secret de sucre et d’eau. Et son parfum dans le cartable, parmi les livres, qui hante les mots. Amulettes dérisoires avant d’aborder le préau. Le préau, les rangs qui se forment et à quoi ressemble la maîtresse et que sont mes amis devenus… Souvent changés de classe. Encore une séparation parmi d’autres violences. Sir, yes sir ! Ce reportage sur West Point, jeudi dernier sur Arte. Des cadets à peine sortis des jupes de leurs mères, avec un barda bleu, bleu comme eux et grand tout autant. « Ce barda, c’est ta vie, cadet ! ». Qu’en sait-il le chef, de ce qu’il y a dans ce barda. Des photos. Des peluches. Des amours, ébauchées à peine, jamais accomplies. Toute une enfance dans ce barda. Tout ce qu’on n’aura plus, une fois le crâne ras, le pas de l’oie, la vie devant, le temps haché sous les aiguilles de la grande horloge qui font ciseaux. Toutes les écoles sont-elle de guerre, et la vie un combat ? Tirer la langue aux premières gouttes de pluie. Laisser leur goût minéral rincer le sel des larmes. Le ciel seul sait comment grandissent les enfants. Il les arrose au petit matin, à l’heure des autocars. Ne cherchez pas… Fifi ABOUDIB
C’est toujours la faute aux platanes. Toujours les premiers à vous lâcher une feuille par-ci, un frisson par-là. Les feuilles, en as de pique, en mains de Fatma, elles tourbillonnent autour des troncs déjà plus larges d’une saison. Sous la vigne, ce corps qui se balance, fruit monstrueux que les oiseaux refusent : Hneiné… Son fichu, sa vieille jupe, une redingote qu’on lui avait oublié ! Hneiné, si terrienne pourtant. Ça ne lui ressemble pas, ce désespoir qui tord le cou à la gravité. Mais voilà, elle a habillé son épouvantail pour l’automne, des fois que les moineaux seraient plus malins… Et toutes ces pommes qui déferlent, les vertes, les rouges, les presque jaunes. Une avalanche de pommes qui roule et gronde, déborde des cageots, fond en lave douce dans les marmites à confiture, se mêle de vanille, de...