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Actualités - Opinion

La pilule du budget semble passer difficilement

Le budget 2003 de Siniora ne passe pas aussi facilement que les haririens l’espéraient. Même le Conseil des ministres rue dans les brancards. À preuve qu’il a exigé un surcroît de séances pour critiquer le texte. Le prochain rendez-vous est prévu pour ce mardi. Puis le texte ira devant la commission parlementaire des Finances, avant d’être débattu par la Chambre lors de sa session ordinaire d’automne. Dans l’ensemble, l’objectif fixé par Siniora, ramener le déficit à 24 % alors qu’il frisait souvent les 60 % par le passé (38 % l’an dernier), est applaudi de tous. Mais chacun formule des réserves, dès que l’on aborde les détails. C’est-à-dire dès qu’on passe à l’essentiel, car ce sont les ruisseaux qui font les grandes rivières. Ainsi les organismes économiques se disent prêts à collaborer avec le pouvoir, tout en lui objectant que la décision d’augmenter les impôts leur semble préjudiciable à la relance. De même, les politiciens applaudissent des deux mains toute contrainte frappant le voisin et se rebiffent contre les compressions visant leurs secteurs d’influence. Le puissant chef du Parlement, Nabih Berry, n’y va pas pour sa part par quatre chemins et il tire à boulets rouges sur le principe même d’une politique d’austérité ! Bien entendu, les ministres protestent de leur côté contre les coupes sombres qui attendent les budgets respectifs de leurs départements dits de services. En affirmant qu’en définitive, les Finances veulent faire de l’État-employeur un simple rémunérateur de salaires, aux dépens des investissements publics nécessaires au développement ou aux prestations sociales. La séance d’aujourd’hui risque donc d’être tendue. Car certains ministres se proposent de remettre au Conseil des mémos écrits noir (plutôt) sur blanc, pour détailler leurs griefs. Ils se lamentent d’autant plus qu’à les en croire, le Trésor se porte bien mieux depuis que la TVA a été instituée. Et d’aucuns croient pouvoir ajouter que depuis sa libération, le Sud fournit par mois à l’État non moins de 45 millions de dollars. Sans dire, évidemment, ce qu’il lui coûte. Mais ce qui fait sourciller le plus les politiciens, toutes tendances confondues, c’est la surtaxation envisagée par Siniora. Ils savent, en bons proto-démagogues, qu’il y a déjà de la grogne dans l’air au niveau populaire. À cause de la hausse de la taxe mécanique ou des communications, que le ministre concerné, Cardahi, trouve abusive. D’autant que dès ce mois, l’État attend des royalties du portable (45 millions de dollars par mois) géré provisoirement pour son compte par les opérateurs sortants. La politique de ponction fiscale est donc fortement contestée dans les cercles professionnels, économiques ou politiques. On y fait en effet valoir que l’État devrait pouvoir compter, pour amorcer la réduction de la dette publique, sur la privatisation des quelque 30 secteurs publics cessibles, dont des poires juteuses comme l’EDL, la Régie, les eaux ou le téléphone fixe. De plus, ajoutent ces milieux, Hariri lui-même a promis monts et merveilles en ce qui concerne aussi bien les rentrées indirectes du sommet de la francophonie que le moratoire en vue à travers Paris II. Pourquoi alors pressurer le peuple et en affaiblir le potentiel de rendement ? Serait-ce que la TVA, contrairement à ce que les Finances affirment, n’a pas donné les résultats escomptés ? Serait-ce qu’on ne serait pas vraiment prêt pour Paris II ? Le ministre de l’Économie, Bassel Fleyhane, soutient que l’on va résolument dans la bonne voie. Que le budget est prometteur, la privatisation décidée et la réforme envisagée de pied ferme, si l’on peut dire. Mais sur ce point, les sceptiques sont nombreux. Il leur paraît en effet douteux que le gouvernement touche de sitôt à l’administration. Surprotégée politiquement, comme l’attestent du reste les prises de position successives de pôles majeurs, publiquement hostiles à la politique d’austérité haririenne. Philippe ABI-AKL
Le budget 2003 de Siniora ne passe pas aussi facilement que les haririens l’espéraient. Même le Conseil des ministres rue dans les brancards. À preuve qu’il a exigé un surcroît de séances pour critiquer le texte. Le prochain rendez-vous est prévu pour ce mardi. Puis le texte ira devant la commission parlementaire des Finances, avant d’être débattu par la Chambre lors de sa session ordinaire d’automne. Dans l’ensemble, l’objectif fixé par Siniora, ramener le déficit à 24 % alors qu’il frisait souvent les 60 % par le passé (38 % l’an dernier), est applaudi de tous. Mais chacun formule des réserves, dès que l’on aborde les détails. C’est-à-dire dès qu’on passe à l’essentiel, car ce sont les ruisseaux qui font les grandes rivières. Ainsi les organismes économiques se disent prêts à collaborer...