Les piliers de la Rencontre de Kornet Chehwane sont satisfaits de leur entrevue avec le président Lahoud. Ils soutiennent même qu’elle n’est en rien comparable avec l’expérience tentée (ou subie ?) l’an dernier, et qui n’avait pas fait long feu, tout en faisant long feu. C’est-à-dire qu’elle n’a pas connu de récidive, vu qu’elle avait manifestement avorté. Cette fois, affirment ces personnalités, les échanges ont été si positifs, dans la forme comme sur le fond (?), que l’on peut en augurer une ère politique nouvelle. Après ces hors-d’œuvre polis, le plat de résistance : les korneyotes fustigent les contempteurs pour qui leur démarche est d’ordre purement immunologique. On sait en effet que pour nombre de commentateurs plus ou moins persifleurs, c’est une Rencontre aux abois, méchamment harcelée par les ultras prosyriens depuis le manifeste de Los Angeles, qui a couru demander protection au président. Les mêmes mauvaises langues en profitent d’ailleurs pour égratigner le régime au passage. En estimant que, donnant donnant, s’il a accueilli la délégation à bras ouverts, c’est parce qu’il souhaite se rapprocher de la sorte d’une rue chrétienne dont certaines franges ne lui sont pas franchement favorables. De plus, ajoutent ces semeurs de zizanie, l’occasion est tombée à point nommé. Dans la mesure où Baabda s’est trouvé pressé ces derniers temps par la plupart des parties locales, et même par les décideurs, de parrainer un dialogue national. Il ne pouvait y avoir de meilleur coup d’envoi, de plus retentissant, qu’une bonne petite conversation avec l’opposition de l’Est. Et d’ajouter que les visiteurs de Baabda ont d’ailleurs mis l’accent sur le rôle de catalyseur que la présidence doit assumer sur le plan politique national. Car elle se trouve, par sa vocation même, au-dessus de toute mêlée, en position idéale de médiateur, sinon d’arbitre. Tout en confirmant évidemment avoir lancé un tel appel à la première magistrature, les opposants protestent tout aussi évidemment contre la façon de leurs adversaires de voir et de présenter les choses. Ils indiquent que c’est par considération pour la stature arbitrale du régime qu’ils ne lui ont pas remis de memorandum revendicatif. Sans préciser pourquoi cette année, ils ne veulent voir en lui que le mentor olympien, alors que l’an dernier ils l’avaient abordé, mémoire en main, comme l’un des détenteurs d’un pouvoir auquel ils avaient des griefs à présenter. Mais il n’est pas difficile de saisir leurs intentions. L’objectif étant d’améliorer des relations mi-figue mi-raisin jusque-là, il aurait été maladroit de se présenter à Baabda avec une liste de demandes ressemblant à s’y méprendre à des conditions préliminaires. Une telle attitude aurait été jugée rigide, pour ne pas dire inamicale. Mais alors, redira-t-on, et l’an dernier ? Ce n’est pas pareil : à l’époque, c’était une première prise de contact et il fallait nécessairement indiquer ce qu’on voulait au juste, noir sur blanc, pour les archives. À la deuxième revoyure, il n’est plus besoin de se répéter, du moins par écrit. Et même verbalement, car on sait que l’accent n’a pas été trop mis sur le sujet qui fâche, la présence syrienne, pour primordial qu’il reste. Cependant, par souci d’efficacité et parce que la documentation a son importance, la Rencontre se propose de remettre aux services de la présidence, qui font office de greffe pour le dialogue, un topo écrit, résumant ses vues sur plusieurs questions d’intérêt public. La même procédure devrait être suivie pour les autres formations appelées à visiter Baabda au titre du dialogue général. Quoi qu’il en soit, la Rencontre doit se soucier par ailleurs du Rassemblement parlementaire de concertation, qui se pose en rival plus ou moins avoué. À ce propos, un pôle de la Rencontre soutient que sur ce plan-là non plus il ne faut voir dans la démarche à Baabda aucun réflexe d’autodéfense. c’est-à-dire, explique-t-il, que, contrairement à certaines rumeurs ce n’est pas pour mieux se farder du rassemblement que la Rencontre s’est adressée au président Lahoud. Cette personnalité ajoute que la Rencontre n’est pas concernée par les thèses du Rassemblement. Pour se hâter d’ajouter qu’elle est disposée à dialoguer avec tous. En demandant la formation d’un comité du débat groupant les représentants des principales forces politiques du pays. Pour ce pôle, il ne faut pas que les échanges se trouvent confinés au sein d’un même camp. Il estime donc qu’il serait erroné de commencer par chercher des dénominateurs communs entre chrétiens avant de traiter avec les musulmans. Pour lui, tout le monde sans exception doit dialoguer d’entrée de jeu. Ce point de vue est approuvé par le bloc. Ce n’est pas l’avis que l’on entend du côté du Rassemblement parlementaire. Ce qui sous-entend que ce dernier veut bien parler avec la Rencontre, en premier lieu, mais que la réciproque n’est pas assurée. Sauf, bien entendu, si Bkerké devait se prononcer pour cette parlote en circuit fermé. Philippe ABI-AKL
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