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Actualités - Chronologie

La voix des Palestiniens modérés se fait difficilement entendre

Quand un militant palestinien s’est fait exploser le mois dernier dans la cafétéria de l’Université hébraïque de Jérusalem, tuant neuf personnes, des milliers de Palestiniens ont pris part à une « marche de la joie ». Si les slogans scandés à cette occasion devaient servir à jauger l’état de l’opinion publique palestinienne, c’est bien la voix de la vengeance qui semblait dominer le débat, répondant ce jour-là au raid israélien mené le 23 juillet sur Gaza qui avait fait 16 morts dont 9 enfants. Certains Palestiniens affirment toutefois que la colère de la rue noie les voix appelant à une remise en question des méthodes de l’intifada menée depuis 22 mois et à une évaluation de ses résultats concrets à l’aune de son objectif : l’établissement d’un État palestinien indépendant. « Nous avons des discours concurrents », explique le politologue Ali Jarbaoui. « Voilà pourquoi on voit des gens fêter les attentats et d’autres insérer dans la presse des encarts demandant qu’ils cessent. » Le discours « modéré » palestinien sur les attentats anti-israéliens a jusqu’ici toujours soigneusement évité de se placer sur le seul terrain de la morale, c’est-à-dire sans faire allusion en même temps à l’occupation israélienne de territoires palestiniens et au meurtre de Palestiniens. « Comment pourrions-nous convaincre les Palestiniens que nous devrions avoir un débat intellectuel et moral alors qu’ils vivent dans des conditions (difficiles) dues à l’occupation ? » s’interroge Jarbaoui. Ceux qui osent participer au débat sur les attentats sont soucieux de ne pas apparaître comme trahissant les aspirations nationales palestiniennes que, selon la majorité des Palestiniens, l’intifada vise à satisfaire. « L’état d’esprit de la population est celui de la colère, de la haine et de la vengeance. Voilà pourquoi ces voix-là se font entendre le plus souvent », estime Jarbaoui. Les modérés sont « timides, ou veulent exprimer leurs idées dans un contexte que la population puisse comprendre ». Ainsi, leur approche est souvent sous-tendue par des considérations politiques et tactiques telles que la nécessité d’éviter de tuer des civils en raison de l’impact de telles actions sur l’image des Palestiniens à l’échelle internationale, ou le fait qu’Israël prenne ces violences comme prétexte pour mener de nouvelles frappes. « Les gens ne peuvent malheureusement même pas évoquer l’idée d’évaluer l’intifada parce que l’Autorité palestinienne dira que votre opinion, votre point de vue sert les intérêts de l’ennemi », déplore également le militant des droits de l’homme Bassam Eid. « Tout le monde pensera que des Israéliens ont demandé de soulever ces questions. » Autre débat des plus tabous, la différenciation, sur le plan moral, des cibles israéliennes militaires des civils. Certains commentateurs essaient de différencier ces « cibles » en posant la question, sur le plan moral, de la définition d’un civil, sans toutefois apparaître hostiles à la résistance à l’occupation. Jarbaoui souligne toutefois la difficulté d’ouvrir ce débat, car « on fait pression sur les commentateurs pour qu’ils ne critiquent pas les groupes militants ». Rompre le silence Après l’attentat contre l’Université hébraïque, Ghazi al-Khalili, un militant pacifiste palestinien, a écrit une tribune dans le journal palestinien al-Ayyam où il déclarait que cette attaque avait été une « grande erreur impossible à comprendre ou à excuser ». Il a ensuite exhorté les « universités palestiniennes et autres établissements éducatifs à s’armer de courage, à rompre leur silence et à faire entendre bien haut leurs voix contre l’acceptation d’un tel niveau de violence, qui sera une catastrophe pour notre peuple ». En juin, des députés et des intellectuels palestiniens, dont Hanane Achraoui, ont publié dans le journal al-Qods une déclaration exhortant les militants à cesser leurs attaques en Israël parce qu’elles alimentaient la haine et nuisaient aux intérêts palestiniens. À aucun moment les signataires n’ont remis en question les attentats visant les soldats et les colons. Les Palestiniens affirment que la cinquantaine de personnes ayant signé la déclaration ont ensuite été priées de publier un communiqué de soutien à la résistance. Elles se sont exécutées. Le discours palestinien modéré n’est en tout cas pas très médiatisé s’il n’est pas mélodramatique. Priée de dire pourquoi la voix de la modération a autant de mal à se faire entendre, Mme Achraoui répond : « Nous faisons ce que nous pouvons, mais le problème, c’est que nous sommes assiégés. Nous ne pouvons pas bouger. Nous ne pouvons pas communiquer. »
Quand un militant palestinien s’est fait exploser le mois dernier dans la cafétéria de l’Université hébraïque de Jérusalem, tuant neuf personnes, des milliers de Palestiniens ont pris part à une « marche de la joie ». Si les slogans scandés à cette occasion devaient servir à jauger l’état de l’opinion publique palestinienne, c’est bien la voix de la vengeance qui semblait dominer le débat, répondant ce jour-là au raid israélien mené le 23 juillet sur Gaza qui avait fait 16 morts dont 9 enfants. Certains Palestiniens affirment toutefois que la colère de la rue noie les voix appelant à une remise en question des méthodes de l’intifada menée depuis 22 mois et à une évaluation de ses résultats concrets à l’aune de son objectif : l’établissement d’un État palestinien indépendant. « Nous avons...