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Actualités - Reportage

CORRESPONDANCE Homer Avila, ou l’harmonie des corps imparfaits(PHOTO)

WASHINGTON-Irène MOSALLI «Le point de perfection est atteint seulement lorsque la nouveauté de la forme répond exactement à la nouveauté intérieure... » Il en est ainsi d’un danseur nommé Homer Avila qui s’est réinventé au plus profond de lui-même, après avoir eu une jambe et une partie de la hanche amputées à la suite d’un cancer, pour arriver à remonter sur scène et se produire dans une forme nouvelle. Impressionnante de dynamisme est sa prestation, effectuée en duo avec la danseuse Edisa Weeks, que l’on a pu admirer à Washington. Ils ont présenté un ballet simple et direct qui, en aucune manière, n’a tenté de palier l’absence de la jambe d’Avila. Tout s’est joué sur la force, la flexibilité et la sensibilité des muscles dorsaux du danseur qui lui ont permis d’enchaîner de très beaux mouvements engendrant une remarquable harmonie d’un corps en principe imparfait. Harmonie créée à l’unisson avec sa partenaire, son appoint parfois, mais formant toujours avec lui un duo égalitaire : il a sa part de solo, elle aussi, et leur pas-de-deux s’effectue sans concession pour le problème d’Avila. Problème qu’il a surmonté d’une manière admirable. Une symphonie de lignes vibrantes Son corps dessine dans l’espace une symphonie de lignes vibrantes. Il se meut en prenant appui sur juste quelques accessoires qui s’intègrent dans la chorégraphie et qui lui servent de tremplin pour exécuter des pirouettes, des arabesques et des développés et autres glissements, élongations et contorsions. Tous deux s’étaient rencontrés en ralliant des compagnies de ballet aux noms prestigieux : Twyla Tharp, Bill T. Jones, Mark Morris, Ralph Lemon. Et tous les deux sont des danseurs doublés de chorégraphes. La musique du spectacle, intitulée Not/ Without Words (Non/sans paroles), qu’ils ont présenté à Washington porte la signature d’un compositeur sourd. Un hommage d’Avila à la créativité de ceux atteints d’une invalidité. Beaucoup d’eau a coulé depuis Le lac des Cygnes où en matière de ballet classique, les canons de l’art se confondaient avec un modèle d’excellence physique et de beauté absolue. Vint alors Isadora Duncan qui était loin d’être une sylphide et pour laquelle l’essentielle était de danser l’émotion. Une approche moderne qui va débarrasser le ballet de ses fioritures narratives et favoriser le mouvement pur. Comme le disait Martha Graham, on a eu besoin de danseurs qui soient «les athlètes de Dieu ». Et Homer Avila a voulu rester ainsi, refusant de laisser la maladie s’attaquer à sa force physique et mentale. Il a creusé la danse de manière à communiquer le plaisir du mouvement dont son cœur et tous ses muscles sont remplis. Créant ainsi une gestuelle à part entière avec son «nouveau » corps. On ne peut alors que se référer à cette pensée de Malraux : « La création m’a toujours intéressé plus que la perfection. »
WASHINGTON-Irène MOSALLI «Le point de perfection est atteint seulement lorsque la nouveauté de la forme répond exactement à la nouveauté intérieure... » Il en est ainsi d’un danseur nommé Homer Avila qui s’est réinventé au plus profond de lui-même, après avoir eu une jambe et une partie de la hanche amputées à la suite d’un cancer, pour arriver à remonter sur scène et se produire dans une forme nouvelle. Impressionnante de dynamisme est sa prestation, effectuée en duo avec la danseuse Edisa Weeks, que l’on a pu admirer à Washington. Ils ont présenté un ballet simple et direct qui, en aucune manière, n’a tenté de palier l’absence de la jambe d’Avila. Tout s’est joué sur la force, la flexibilité et la sensibilité des muscles dorsaux du danseur qui lui ont permis d’enchaîner de très beaux...