Manal Taj el-Sirr Mohammed ne doit pas mener une vie facile, tout comme le reste des femmes et des hommes du Soudan. Mais les difficultés ne lui ont donné que plus de verve et d’assurance pour dénoncer le mal là où elle le trouve. Et l’origine du mal, dans sa société, c’est ce qu’elle a décidé d’analyser plus profondément dans le cadre de ses études, et c’est la «crise d’identité dont souffrent les Soudanais, de quelque communauté qu’ils soient issus». Cette crise d’identité est surtout due aux politiques menées par le régime soudanais. « Tout Soudanais non arabe et non musulman ne peut s’intégrer à l’image qu’impose le gouvernement, explique-t-elle. Même si 85% du peuple répond à cette même description, l’identité nationale ne peut se résumer à cela. En effet, il faut non seulement être conforme aux critères définis par les dirigeants, mais il est indispensable aussi de faire montre d’une docilité absolue, de réfléchir comme la caste au pouvoir et d’intégrer le système sans discuter, sous peine d’être rejeté.» Dans un tel système, dont la société est complice, le pays est géographiquement et culturellement divisé, tout comme le territoire est déchiré par la guerre. Le Sud, où se cantonnent les populations chrétiennes et autres, est considéré avec mépris par le Nord. «Une fille soudanaise du Nord ne peut épouser un homme du Sud sous peine d’être totalement rejetée par son entourage, raconte Manal. Cet état de fait se traduit par un développement inégal entre les deux parties du pays. Quand on pense que les plus grandes idées nous viennent toujours du Sud!» La guerre, elle aussi, mine l’État, puisque les maigres ressources du pays sont épuisées par les contingences des combats et les besoins personnels des dirigeants, au détriment du développement régional. La vie au Soudan n’est facile ni pour les hommes ni pour les femmes, mais ces dernières souffrent particulièrement de persécution. «Notre version locale de la police des mœurs, qui s’applique à implanter les règles islamistes de force, se fait fort d’arrêter les femmes qui osent sortir sans leur habit traditionnel, s’indigne-t-elle. Celles-ci sont ensuite battues, fouettées et condamnées à payer une amende.» Toutefois, même un régime aussi rigide laisse de la place au progrès. «La discrimination devient, pour nous, un tremplin, souligne Manal. Les mouvements de lutte pour la libération de la femme – et avec elle, de la société – sont actifs depuis très longtemps. Sans les progrès réalisés, il m’aurait été impossible, par exemple, de voyager seule. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Manal Taj el-Sirr Mohammed ne doit pas mener une vie facile, tout comme le reste des femmes et des hommes du Soudan. Mais les difficultés ne lui ont donné que plus de verve et d’assurance pour dénoncer le mal là où elle le trouve. Et l’origine du mal, dans sa société, c’est ce qu’elle a décidé d’analyser plus profondément dans le cadre de ses études, et c’est la «crise d’identité dont souffrent les Soudanais, de quelque communauté qu’ils soient issus». Cette crise d’identité est surtout due aux politiques menées par le régime soudanais. « Tout Soudanais non arabe et non musulman ne peut s’intégrer à l’image qu’impose le gouvernement, explique-t-elle. Même si 85% du peuple répond à cette même description, l’identité nationale ne peut se résumer à cela. En effet, il faut non seulement...