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Actualités - Reportage

Femmes...Carole Dagher, l’écriture pour changer le monde(photo)

Carole Dagher a la conviction qu’ « en écrivant, on peut changer le monde ». L’écriture a certainement bouleversé sa vie, la transportant géographiquement et même intellectuellement dans des mondes différents. Des paris des hommes politiques au couvent de la lune, il lui a fallu parcourir des lieux, des idéologies, des individus et des époques pour y puiser les mots et l’envie de les écrire. «Je ne sais pas où je vis, je vis dans les avions ! » Ces deux dernières années, Carole Dagher les aura passées en France, à Istanbul et… dans la lune ou juste à proximité ; à Deir el-Qamar, ses coulisses, en quête de silence et de magie ; elle s’y est réfugiée durant quelques mois pour rédiger son dernier roman, Le couvent de la lune, paru chez Plon cette année. Une expérience nouvelle, une douceur nouvelle pour la journaliste qu’elle a toujours été, avide de scoops et d’inédits. « J’avais envie de m’éloigner de la politique – il faut croire que je n’ai pas raté grand chose ! –, de me plonger dans l’histoire du Liban, d’y retrouver une poésie, une fascination, un certain exotisme. J’en avais assez de cette ambiance de guerre, de violence et de méfiance. J’avais surtout ce désir de plonger dans un passé rassurant et protecteur et de m’éloigner de ces discours “ clefs en main ”, avec une pensée de plus en plus unique. » Le ton ferme est donné. On ne se refait pas, et même lorsqu’elle veut parler de poésie, Carole y met sa révolte avec un franc-parler très franc-tireur. Elle tient toutefois à rajouter : « En tant que journaliste, on perd un peu son identité de femme ; nous sommes tous, hommes et femmes, dans le “ même bain ”, avec les mêmes défis et dangers et la même actualité. Soudain, la femme en moi a eu besoin de voir dans cet Orient un peu plus de beauté. » Un parcours cohérent « Je crois en la destinée de chacun. Je ne suis pas du genre à ne pas saisir la perche quand on me la tend. » La perche fut tendue à Carole, jusqu’au-boutiste et fière de l’être, par des événements, des circonstances et, bien sûr, un travail personnel qui aura fait parler d’elle, qui aura quelquefois parlé à sa place avec véhémence. Auparavant, elle avait fait ses armes et son vocabulaire dans le journalisme en passant sans trop de conviction par des études de droit, pour faire plaisir à son père. Elle confirme : « J’ai décroché vite, j’ai toujours été titillée par l’envie d’écrire. Je voulais être journaliste. » Et journaliste elle le sera. Dans les pages politiques de L’Orient-Le Jour, « c’est là que j’ai attrapé le virus de la politique libanaise », puis dans celles du Safir, « c’était comme un défi pour moi de penser et d’écrire en arabe. » Entre ces deux pages, un autre défi, lancé à l’opinion publique et politique, Les paris du général, Aoun bien sûr, ouvrage dont elle précise : « Ce livre était au départ un reportage de guerre, un journal de bord basé sur des entretiens et des faits précis. » « J’en ai marre, conclut-elle à ce sujet, que l’on m’associe à ce livre. Comme une étiquette qui vous reste sur le dos. » Sujet clos, car il est impossible de forcer Carole à dire quoi que ce soit, ni de l’en empêcher. Vivant déjà dans les avions, elle s’embarque pour un stage à Washington. « C’est là que j’ai eu la chance de rencontrer l’homme de l’administration Clinton en charge du dossier du Moyen-Orient. » De cette rencontre naîtront de nombreux entretiens et un second ouvrage paru en 1995, Proche-Orient, ces hommes qui font la paix. « La vie vous prend par de curieux détours », avouera-t-elle, la voix toujours aussi ferme, l’émotion maîtrisée. Ce détour passera par le Synode que Carole couvrira à Rome et au Liban, puis par l’Université de Georgetown, où elle « réside » en tant que chercheuse associée au Centre d’études islamo-chrétiennes. Encore un défi pour elle, et encore un livre, Le défi du Liban d’après-guerre : faites tomber les murs. « Je terminais mon séjour à Georgetown lorsque l’éditeur Plon, un homme passionné du Liban et qui a lu mon livre, me propose d’écrire un roman historique. Un concours de circonstances heureux. » Suivront deux années de recherches et un voyage dans le XIXe siècle et dans ce coin de terre, Deir el-Qamar, où « l’on se sent pousser des ailes ». « J’ai acquis beaucoup de sérénité en écrivant ce roman. Il y aura un tome II », confirme-t-elle. « Le Liban me ramène toujours à lui », conclut-elle avec une passion retrouvée qui ressemble à de la colère. « Le Liban est une “ belle ” idée, c’est à ce Liban que je suis fidèle. » Carla HENOUD
Carole Dagher a la conviction qu’ « en écrivant, on peut changer le monde ». L’écriture a certainement bouleversé sa vie, la transportant géographiquement et même intellectuellement dans des mondes différents. Des paris des hommes politiques au couvent de la lune, il lui a fallu parcourir des lieux, des idéologies, des individus et des époques pour y puiser les mots et l’envie de les écrire. «Je ne sais pas où je vis, je vis dans les avions ! » Ces deux dernières années, Carole Dagher les aura passées en France, à Istanbul et… dans la lune ou juste à proximité ; à Deir el-Qamar, ses coulisses, en quête de silence et de magie ; elle s’y est réfugiée durant quelques mois pour rédiger son dernier roman, Le couvent de la lune, paru chez Plon cette année. Une expérience nouvelle, une douceur nouvelle pour...